Annalyse de "MISTRAL GAGNANT"

Annalyse de "MISTRAL GAGNANT"
Mistral Gagnant (1985)

Attention, grand album, un de plus ! Je dois tout de suite avertir que je ne pourrai être parfaitement objectif au sujet de cet album car il a été, pour moi, l'album de découverte de Renaud, celui par lequel je suis devenu fan. Deux ans se sont écoulés depuis l'album "Morgane de toi" qui avait ouvert la brèche pour une nouvelle dimension artistique du chanteur. La même recette est appliquée ici. Je pense en particulier aux musiciens américains, véritables robots musicaux mais indispensables à la sonorité qui fait la crédibilité d'un album. Cependant, la logique a été poussée encore un peu plus loin, plus vers la sonorité rock, les guitares électriques et les synthétiseurs. Pour le fond, Renaud a pris deux ans et l'album sonne encore un peu plus mûr, plus propre, plus pro que les précédents. Le chanteur a définitivement quitté le rôle de pur loubard pour devenir un chanteur engagé, bon père de famille et, accessoirement, pote que l'on retrouve au bar du coin. "Mistral Gagnant" reste également à ce jour l'album qui a fourni le plus de titres aux concerts de Renaud, avec un extraordinaire 100% de reprises 'lives' ! Cet album est aussi l'occasion pour Renaud de prendre du recul par rapport à l'être humain, d'analyser le monde qui l'entoure, d'enfin s'engager ouvertement.

1. Miss Maggie

Big Ben nous accueille sur cette chanson d'amour à toutes les femmes, sauf une ! "Miss Maggie" aura surtout été pour Renaud un formidable coup médiatique. Qui pouvait en effet encore ignorer l'existence du chanteur après le tollé provoqué par la sortie de cette chanson, après les vives réactions de certains sujets de sa gracieuse Majesté, après le quasi incident diplomatique entre la France et la perfide Albion ? Et c'est dommage car cette chanson mérite plus que le simple battage médiatique qui lui a été consacré! Derrière une orchestration qui hésite en permanence entre le rock et le hard-rock, c'est un véritable hymne à la femme qui nous est livré. Tel un petit garçon qui commence enfin à comprendre le monde, Renaud nous décrit sa passion pour la féminité qui n'a d'égale que sa haine pour la bassesse qui caractérise généralement la masculinité. La musique, grinçante à souhait, renforce le sentiment de haine perceptible dans certaines paroles sans trop atténuer l'admiration des autres. Les paroles débitées avec fatalisme renforcent encore le sentiment malsain qui entoure la chanson et c'est presque naturellement que l'on s'attend à voir arriver "Miss Maggie" à la fin de chaque partie. Au travers de tout cela, on retiendra le chanteur qui s'engage dès la plage d'ouverture de son album et qui, manifestement, sent qu'il a enfin les reins assez solides pour pouvoir prendre des risques. En concert, cette chanson a été magnifiquement reprise lors du fabuleux "Zénith 86" dont je vous déconseille encore et toujours le CD pour disparaître petit à petit... mais était-elle vraiment faite pour la scène ?

2. La pêche à la ligne

Après l'acide, voici venir la ouate. Etrange chanson que cette "pêche à la ligne" ! Quel message Renaud a-t-il bien voulu y faire passer ? Son amour de la pêche pour tout ce qu'elle n'a pas de commun avec la chasse ? Une étude sur la monotonie qui détruit petit à petit les couples ? Un simple gag ? Une autodérision ? Toujours est-il que l'auditeur est baladé d'une piste à l'autre par le chanteur qui semble jouer à cache-cache avec lui. Une chose est certaine, l'humour de l'artiste s'est affiné et le non-sens vient parfois renforcer la dérision. Il reste de tout cela une sympathique petite chanson, bien construite, très agréable à écouter car fortement imagée, une véritable tranche de vie avec ses causes et conséquences. La musique renforce l'impression de soleil qui se lève sur un dimanche matin de plus ainsi que la fausse lenteur avec laquelle la vie avance souvent, cette lenteur abrutissante qui fait que l'on s'habitue et qui finit malheureusement par nous cacher ce qui nous semblait auparavant évident. En concert, cette chanson rencontre un succès d'autant plus étonnant qu'elle affiche ouvertement un manque d'ambition. Mais la sympathie joue et elle semble devenir un incontournable.

3. Si t'es mon pote

Retour au hard-rock pour cette chanson dédiée à l'amitié. Renaud poursuit ici le travail de description de sa propre vie commencée dans les albums précédents, un peu comme s'il avait définitivement épuisé les sujets relatifs au monde qui l'entoure directement. Renaud y révèle une facette qu'il avait tenue secrète jusque là: il est exigeant et possessif en amitié. La chanson s'apparente dès lors plus à un mode d'emploi en forme de parcours du combattant pour qui veut devenir l'ami de Renaud qu'à une simple description de sentiments humains. Comme le résume si bien Renaud auprès de son public "Vous voulez être mes potes ? Vous l'aurez voulu !". Dans ce contexte, le choix d'une musique assez frappante renforce la tendre violence des paroles et le tout semble cohérent. Cependant, alors que la chanson précédente affichait un résultat supérieur à ses ambitions originales, celle-ci a subi le sort inverse et a vite disparu des concerts de Renaud. Peut-être la voix de Renaud s'accorde-t-elle définitivement mal du hard-rock, aussi léger soit-il ? Peut être la chanson était-elle trop typée ? Peut-être souffrait-elle et souffre-t-elle toujours simplement de la comparaison avec le reste de l'album...

4. Mistral Gagnant

Au risque de choquer certains qui la trouvent un peu trop rose-bonbon-ras-des-paquerettes, j'affirme ici que "Mistral Gagnant", en plus de donner son nom à l'album, est une chanson qui justifie à elle seule son achat. Les oreilles, encore bourdonnantes des derniers accords de la chanson précédente, perçoivent soudain une petite mélodie, très simple, dépouillée, mais d'une pureté et d'une force mélodique impressionnantes, prouvant à quel point l'artiste a évolué musicalement. Renaud en est-il vraiment l'auteur ? Toujours est-il que sa signature est apposée au bas de la partition. Et le dépouillement musical va poursuivre les paroles pendant toutes la chanson, les emrobant discrètement de juste ce qu'il faut de chaleur, de tendresse et de mélancolie, nous guidant sur le chemin des sentiments qui n'ont alors plus aucune peine à passer. Peut-être trop même. Deux tendances se dessinent dans la chanson: l'amour d'un père envers sa fille dans les plus simples gestes de la vie quotidienne et la nostalgie du temps passé quand on revoit sa propre jeunesse au travers de son enfant. Ce second point passe presque inaperçu au travers de la chanson, effacé par le premier et sa complice musicale, mais je ne suis pas certain qu'à l'origine, le but recherché n'était pas diamétralement opposé ! Il ressort néanmoins de tout cela une chanson vraiment magnifique qui fera partie des incontournables de Renaud encore pour de longues années.

5. Les trois matelots

On troque le piano pour une guitare, on garde le dépouillement, du moins dans un premier temps, et on lance la chanson suivante. "Les trois matelots" est une chanson ouvertement engagée où Renaud réaffirme son dégoût des militaires "haut gradés et planqués". Sous la forme originale d'une narration croisée des vies de trois personnes, dont lui-même, Renaud parvient à peindre le portrait de gens plus ou moins recommandables, où les pires abrutis finiront par faire les meilleurs militaires et où les qualités semblent autant de freins à une carrière sous les drapeaux. La musique suit bien les paroles, le fond rejoint la forme (tiens, cela faisait longtemps). Cependant, la chanson finit par lasser petit à petit l'auditeur. La faute vraisemblablement à un manque de variété dans la construction musicale, à un trop grand nombre de couplets, . L'engagement des paroles ne rattrape pas alors tout. Ceci explique peut-être la raison pour laquelle la chanson n'a pas survécu au live "Zénith 86" où elle avait toutefois reçu l'honneur d'être la chanson d'introduction.

6. Tu vas au bal ?

L'album a joué jusqu'ici sur tous les registres de l'alternance, du rythme à l'authenticité en passant par le plus ou moins sérieux. Après une chanson capable de faire grincer certaines dents, place à l'humour pur et dur avec "Tu vas au bal ?". Je me rappelle ne pas avoir compris le sens des paroles à la première audition et avoir juste rigolé en entendant les bruits et dialogues de studio à la fin de la chanson. Je suis ensuite passé par une phase "ça ne veut rien dire !" et puis j'ai enfin compris le dialogue que le rythme infernal de la mélodie m'avait en partie masqué. "Tu vas au bal ?" est un chanson dont il est difficile de dire beaucoup plus, si ce n'est que Renaud parvient une nouvelle fois à replacer les thèmes dont il est friand sous le couvert de l'emballage comique. On pouvait s'attendre à une chanson bouche-trou, mais elle a quand même été reprise dans deux tournées du chanteur et il n'est pas exclu qu'elle ne revienne plus! Une chanson typiquement renaudienne donc, inenvisageable dans l'oeuvre d'un autre artiste, à déguster ou à faire déguster (un bon conseil dans ce dernier cas, observer la personne qui découvre l'oeuvre !).

7. Morts les enfants

Chanson qui m'a fait découvrir Renaud, "Morts les enfants" porte avec bonheur la lourde responsabilité d'être la première chanson de la face "B" de l'album et ce, même si sa gravité semble quelque peu à l'étroit sur le CD entre deux chansons nettement plus "légères". Et pour être grave, elle l'est ! Le titre à lui seul en est la meilleure preuve. Mais la mort des enfants sert surtout ici de prétexte à Renaud pour dresser un affligeant constat du monde qui nous entoure, de la corruption à la bêtise qu'il renferme, de la violence inutile aux vérités absurdes dont on le remplit. Le chanteur ne cache plus son engagement, il le hurle. Cependant, on pourra lui reprocher de donner l'impression de s'échauffer à l'engagement, en commençant par des sujets communs. Je pense en particulier à ce sketch des "Inconnus" où l'on décrit un certain 'Florent Brunel', chanteur réputé engagé ("je suis contre l'injustice dans le monde, la guerre, c'est pas bien !"). Pour le reste, nous sommes encore en présence d'une chanson où la forme rejoint magnifiquement le fond. C'est une musique magnifique, simple, lente, semblant tourner sur elle-même jusqu'à l'infini comme pour amplifier une impression de fatalité qui accompagne des paroles dont la douceur d'élocution n'a d'égal que la puissance narrative. En concert, cette chanson manque un peu de relief, mais la qualité générale parvient à maintenir sa présence régulière.

8. Baby-sitting blues

Renaud a ceci de caractéristique: il est un des rares chanteurs capable d'écrire des chansons inimaginables dans le chef d'autres chanteurs ! Et "Baby-sitting blues" vient nous confirmer cet état des choses ! Quel autre chanteur 'à succès' pourrait envisager d'écrire une chanson sur les aventures de la baby-sitter engagée pour veiller sur sa fille pendant une soirée resto avec son épouse ? Quel autre chanteur pourrait alors transformer sa propre fille en un tendre monstre, l'espace d'un soir, au grand dam de la baby-sitter ? Et c'est pourtant la rencontre explosive de ces personnages qui fait le charme de cette chanson. Le tout nous est raconté sous forme d'une narration précise et bien construite. La musique, un rock parfumé à la 'country', semble au premier abord un point faible de l'oeuvre. Et puis on se rend compte que la sympathique mélodie qui en ressort sert parfaitement les paroles, accompagnant l'humour de la chanson mais en y ajoutant un soupçon d'irréel bienvenu. Malheureusement pour elle, cette chanson ne semble pas avoir survécu au concert de promotion. Sans doute était-elle trop temporelle; peut-être était-elle trop quelconque, pas assez typée. Et si elle n'était simplement qu'une victime de plus de la terrible concurrence que se livrent en concert les chansons du désormais extraordinaire répertoire de Renaud ?

9. P'tite conne

Jusqu'ici, l'album a alterné les chansons légères et graves avec un bonheur certain, évitant ainsi les longueurs et les décrédibilisations. Nous venons de quitter une chanson 'légère' et la chanson qui suit le sera encore plus. Nous sommes alors en mesure de nous attendre logiquement à une chanson plus grave. Erreur, elle n'est pas grave, elle est gravissime ! "Petite conne" fait partie de ces chansons qui vous marquent, vous font frissonner à l'audition, et desquelles sortent certaines phrases qui vous restent en mémoire, comme autant d'expériences généreusement prodiguées, comme autant de conseils, de mises en garde, de vérités vraies. Une musique simple, dépouillée, où les synthés la jouent désespoir et les guitares électriques colère, sert de fond sonore à une énième excellente narration renaudienne, basée sur une histoire authentique ("petite conne" serait en fait Pascale Ogier, la fille de Bulle Ogier). Cette fois, Renaud se représente à l'enterrement d'une victime de la drogue. Mais le cercueil ne l'intéresse guère, il est bien trop perdu dans ses pensées. Il se rappelle de ses relations avec la victime, de son impuissance à l'aider, des "et si" qu'il n'a pu tenter. Et il termine ses pensées par la question qui écoeure: "et si le dealer était là, parmi les gens en pleurs ?". Chanson extrêmement forte, pour laquelle Renaud a lui-même avoué un petit faible, "Petite conne" s'est rapidement imposée comme une incontournable et revient régulièrement dans les concerts de l'artiste. Personne ne s'en plaindra. A écouter sans modération donc !

10. Le retour de la Pépette

Après l'énorme cri de douleur désespéré de la chanson précédente, un peu de légèreté s'impose. le "Retour de la pépette" remplira parfaitement ce rôle. Le titre est à lui seul tout un programme ! Nous avons ici droit à une histoire d'amour ridicule, sur fond de musique foraine qui se veut ridicule. Le tout est ponctué de jeux de mots et d'humour "nonsense irréaliste" qui fait parfois du bien, à petites doses. Peu de choses à dire en plus sur cette chanson qui peut amuser ou énerver, selon l'humeur. En concert, cette chanson n'a été reprise que sur le live "Le retour de la chetron sauvage", version CD, et de façon catastrophique (nous sommes en présence de la chanson typiquement inadaptée aux concerts publics). La cassette vidéo correspondante a eu l'heureuse idée de l'oublier.

11. Fatigué

Quelle merveilleuse chanson que "Fatigué" ! Selon la règle de l'album, la chanson se devait d'être à tendance 'grave', elle l'est. Mais la dureté des paroles n'empêche pas une puissance et une majestuosité extraordinaire. L'engagement devient total, les dénonciations féroces, même si encore un peu trop généralistes. Cette chanson d'amour à la terre est une façon pour Renaud de boucler la boucle de son album. Il avait exprimé sa haine de la bêtise de l'homme dans la première chanson, il généralise ici pour terminer l'album. La musique peut toutefois surprendre. Elle semble exploser d'optimisme alors que les paroles décrivent horreurs sur horreurs. Je parlerais donc plutôt de fatalisme musical positif. Enfin, si certaines chansons sonnent "première plage" ou "première plage, face B", certaines sonnent "dernière plage". C'est le cas ici. Un ad-lib final permet aux musiciens de s'exprimer pleinement. Si la sonorité de l'oeuvre semble à l'étroit sur disque, les concerts lui ont permis de se libérer totalement (sauf peut-être sur le live 'Visage pâle rencontrer public', où la musicalité est peut-être trop aseptisée). Aujourd'hui encore, cette chanson rencontre un franc succès en concert et fait désormais partie des incontournables de Renaud. A déguster donc !

Voilà, je ne vais pas jouer au mystérieux, contrairement à mon habitude. Je vais donc directement vous avouer que, selon moi, "Mistral gagnant" clôture en apothéose la meilleur période artistique de Renaud en tant que "Renaud". Cela ne veut pas dire que l'artiste devient subitement inintéressant, au contraire. Seulement, il va peu à peu se banaliser, se reposer (brillamment du reste) sur ses lauriers, s'embourgeoiser au point de donner parfois l'impression de se chercher. C'est un virage à 90 degrés qu'amorce l'artiste, je vous attends à sa sortie...

# Posté le samedi 20 novembre 2004 20:02

Annalyse de "PUTAIN DE CAMION"

Annalyse de "PUTAIN DE CAMION"
Putain de camion (1988)

Album à part dans la carrière de Renaud, "Putain de camion" se trouve pris en sandwich entre le triptyque "Retour de G. Lambert, Morgane de toi, Mistral Gagnant" et ce qui s'annonce comme un triptyque "Unplugged" de l'artiste (Marchand de Cailloux, A la Belle de Mai et ???).. L'album nous est livré comme un faire-part. Coluche, avec qui Renaud était lié, est décédé deux ans auparavant en ne pouvant éviter un camion avec sa moto. Le titre de l'album était ainsi tout trouvé. Toutefois, l'album n'est pas explicitement dédié à Coluche, mais à ses deux fils: Marius et Romain. Musicalement, une chose frappe tout de suite l'oreille quand elle écoute l'album: la musique est assez artificielle. Nous ne sommes pas encore au niveau extrême, aussi appelé "Depeche-Mode", mais nous nous en rapprochons. Exit donc les musiciens américains, place aux synthétiseurs et autres boîtes à rythmes (pour des raisons financières et de mode, sans doutes). Cet album a également été voulu 'sans recours aux médias pour sa promotion' et ce choix s'est ressenti dans les ventes. Il reste de tout cela un album que l'on pourrait qualifier de "bon", mais qui marque un bémol par rapport à l'album précédent. La fin d'une époque sans doutes.

1. Jonathan

Je me rappelle d'une émission, un samedi soir, je pense qu'il s'agissait des "Enfants du rock" sur "Antenne 2". On y voyait un Renaud visiter l'Afrique du sud avec, pour guide, un chanteur blanc aux cheveux bouclés. On y voyait toutes les injustices du pays et la misère débordait de partout. "Jonathan" en est vraisemblablement une conséquence. En effet, le chanteur blanc dont je parlais ci-dessus, et à qui la chanson est dédiée, s'appelle "Jonathan Clegg" alias "Johnny Clegg". Jonathan Clegg se voulait "délateur des injustices sud-africaines", ce qui en faisait le pendant de Renaud pour cette partie du monde. La chanson nous accueille donc avec un chant zoulou familier à Johnny Clegg. Très vite cependant, une rythmique bien plus européenne prend le dessus pour ne plus le lâcher. Les paroles sont alors l'occasion pour Renaud de justifier sa réputation de chanteur engagé en tirant à boulets rouges sur ce bas monde. Le chanteur évite néanmoins la faiblesse des attaques gratuites. Ses dénonciations sont précises et sans équivoques. La musique est un peu le faible de la chanson. La mélodie n'est pas très agréable à chanter, car peu "fluide", formée d'une succession de double syllabes. Seul un passage que l'on pourrait considérer comme refrain, avec des chants zoulou en contre-chants, se détache du reste. Quant à l'orchestration, je la trouve un peu creuse, la faute sans doutes à l'ambiance électronique. En concert, Jonathan n'a jamais dépassé le stade du concert de promotion à l'album, mais la chanson mérite néanmoins l'écoute, ne serait-ce que pour son contexte.

2. Il pleut

C'est une chanson que l'on peut qualifier d'adorable. Lolita a grandi depuis le bac à sable de 'Morgane de toi' et les premières ballades de 'Mistral Gagnant'. Son caractère s'affirme. Cela permet à Renaud de nous livrer une nouvelle page de sa vie de père: les premières disputes parents/enfants. La musique, dépouillée mais légère, douce, agréable, retranscrit merveilleusement bien la colère tendre qui prévaut en ce genre de circonstances. Les paroles sont, cette fois, un peu en retrait et donnent parfois l'impression d'avoir à faire à un remake de 'Mistral Gagnant' où la mayonnaise n'aurait pas pris. La chanson dégage cependant une tendresse communicative et il n'est pas étonnant de la retrouver encore aujourd'hui dans les concerts de l'artiste, reprise en choeur par le public qui l'a définitivement adoptée. A apprécier donc.

3. La mère à Titi

Après la chanson adorable, voici la chanson sympathique, dans le plus pur sens du terme (je n'apprécie guère l'utilisation du terme 'sympa' à toutes les sauces (il n'est malheureusement pas rare d'entendre "ce scooter est sympa", "ce salon est sympa", "ce film est sympa"... quelle horreur)). Comme souvent, nous avons droit à une chanson difficilement envisageable dans le répertoire de certains autres chanteurs: la description de l'intérieur de la maison de la mère d'un ami (ici, Jean-Pierre Buccolo (musicien et ami de Renaud), alias "Titi"). Ce sont des accords légers et frais qui nous accueillent pour laisser la place aux paroles dans les couplets. Le talent narratif de Renaud, déjà maintes fois apprécié, prend ici toute son envergure et c'est une description ultra précise de l'intérieur qui nous est livrée sur 3 couplets. Evidemment, on pourra reprocher aux paroles d'être un peu "ras des pâquerettes", mais quelques superbes trouvailles émaillent le texte (je trouve magnifique de synthèse et de puissance, par exemple, le passage "y'a une belle corrida, sur un moche éventail"). Je trouve seulement dommage, car il faut bien être objectif, d'avoir l'impression que le milieu presque claustrophobe du contenu des paroles amenuise un peu l'ambition de la mélodie. Il reste de tout cela une magnifique chanson qu'il vous faut absolument apprendre si vous désirez accompagner les fans lors des concerts.

4. Triviale poursuite

Quel contraste par rapport à la chanson précédente, quel contraste ! Nous quittons l'insouciance de l'amitié pour nous retrouver en présence ici d'une chanson qui semble avoir été écrite en pleine crise de déprime profonde. C'est un véritable "hexagone mondial" où le pessimisme l'emporte sur la simple dénonciation. J'ai parfois l'impression que 'Triviale Poursuite" est à Renaud ce que "Tintin au Tibet" a été à Hergé. Une musique lente (la chanson semble d'ailleurs interminable, même si elle renferme moins de paroles que la précédente), violente, volontairement désagréable (le fond rejoint la forme (tiens, cela faisait longtemps)), permet à Renaud de nous asséner des paroles d'un froid impressionnant. L'engament bat sont plein. L'ensemble est bâtit sous forme d'un ensemble de questions auxquelles Renaud ne peut apporter de réponses. Les attaques sont précises, comme pour la première chanson de l'album (le succès permet ces poussées de confiance). Pour le reste, les paroles ne se prêtent pas à de la haute voltige styllistique mais le mauvais jeu de mot du titre est fort heureusement rattrapé par celui, beaucoup plus subtil et travaillé du refrain. Remarquons enfin que cette chanson n'a pas rencontré un énorme succès en concerts mais semblait dès sa conception destinée au confort de l'album.

5. Me jette pas

L'exemple type du déséquilibre fond/forme auquel j'attache tant d'importance. Parlons d'abord du fond: un homme (Renaud?) vient demander pardon à sa compagne pour une "clintonnerie" et la supplie de ne pas partir. Quelle ambiance peut décrire au mieux cette situation ? Selon moi, une ambiance "petit garçon qui vient de faire une grosse bêtise et qui regrette très très fort". Un mélange piano/violon, ou simplement piano, sobre, mineur, semblait inévitable. Si on passe à la forme, on constate que nous recevons plutôt des flûtes de pans synthétiques et un rythme relativement rapide, lointain cousin de la bossa nova. Sur la fin, l'accordéon vient même ajouter un contre-chant léger, presque optimiste. En clair, les paroles font "pardonne-moi", la forme fait "je ne regrette rien, c'est comme ça et puis c'est tout". C'est un peu comme si, à la fin de l'album, il était resté une musique sans paroles et des paroles sans musique. On est alors en droit de s'attendre au pire au sujet de la chanson...et pourtant, elle tourne ! Je pense que cela est dû au mystère "est-ce Renaud" ainsi qu'aux agréables sensations que dégage la mélodie. Les meilleurs éléments des deux aspects (fond et forme) s'entraident plus qu'ils ne fusionnent, mais l'ensemble se laisse écouter. Peut-être l'aspect dédramatisation fait-il du bien après "Triviale Poursuite" ? Toujours est-il que cette chanson, pour tous les points cités ci-dessus, mérite au moins le détour curieux !

6. Rouge-Gorge

Une des meilleures chansons de l'album. Comme quoi il n'est pas toujours nécessaire de faire compliqué pour réussir une oeuvre. Le vieux couple Hervé Lavandier / Jean-Louis Roques se reforme ici, comme au bon vieux temps du "Retour de la Chetron Sauvage". Plus généralement, cette chanson marque un véritable retour aux sources pour Renaud et semble faire écho à la ligne directrice qu'il s'était fixée au début de sa carrière. A travers un hommage au photographe Doisneau qui a si bien su immortalisé la "ville lumière", c'est l'amour envers sa ville qui souffre sous les coups de boutoir de la modernisation que Renaud exprime. L'ambiance musicale rend formidablement bien l'ambiance "chanteur de marché de bord de Seine le dimanche matin" tout en ajoutant la mélancolie et le dramatique de la situation. Du fort bel ouvrage. Les paroles sont légèrement en retrait car un peu communes. Cependant, la richesse de la narration donnera peut être valeur d'archive à la chanson. Cette oeuvre n'a pas ou peu été jouée en concert. Je pense que ce n'était pas son but, son ambition n'était pas suffisante. Il n'empêche que je prends à chaque fois le même plaisir à l'écouter.

7. Allongés sous les vagues

Comme dit plus haut; lors de la sortie du présent album, Renaud n'a pas souhaité faire de promotion via médias interposés. Je ne pense pas qu'il y ait un motif simple et unique à cet état des choses. Un fait est certain cependant: Renaud ne portait pas les médias populaires ou populistes dans son coeur. "Allongés sous les vagues" est en effet une furieuse critique du système qui a permis à des raclures de partitions et des chanteurs de salles de bains de partir à la conquête du sacro-saint TOP50, véritable carotte devant le troupeau des ânes musicaux. Que seraient devenus les "Début de soirée", "Elli Médeiros" et autres "Desireless" sans le matraquage médiatique dont fut l'objet le public lors de la sortie de chacune de leurs oeuvres ? Depuis, d'autres chanteurs ont également décrié cet état des choses. Je pense en particulier à Souchon et sa "Foule Sentimentale". Il n'empêche que nous sommes ici en présence d'une magnifique caricature. De la musique passe-partout et très synthétique aux paroles qui ne volent pas plus haut que les hirondelles avant l'orage, Renaud nous bâtit une histoire invraisemblable mais qu'il justifie à la fin de chaque refrain en expliquant que c'est la meilleure façon d'avoir du succès. La fin de la chanson est structurée sur un interminable ad-lib qui permet à Renaud d'imaginer un improbable dialogue entre lui et son producteur afin de trouver des solutions pour augmenter encore un peu plus les chances de succès. Que penser de tout cela ? Même si je partage l'avis global de la chanson, une attaque trop violente sur un sujet donné a parfois l'effet opposé à celui souhaité et cette chanson est à la limite de ce danger. Cependant, elle semble rester du bon côté et atteindre son but, ou, du moins, amuser l'auditeur. En concert, je ne pense pas que cette chanson ait été jouée une seule fois, mais elle serait vraiment mal passée. Le répertoire de Renaud était également devenu assez étoffé pour pouvoir affiner le choix des oeuvres. Il n'empêche que cette chanson vaut au moins la découverte.

8. Cent ans

Difficile de classer cette oeuvre. C'est une chanson agréable à écouter, qui manque peut-être un peu d'ambition mais qui a le mérite de l'originalité. Renaud s'y imagine vieux et critiquant le monde qui l'entoure. La musique, d'inspiration "orgue de barbarie" aide merveilleusement l'auditeur à plonger dans la chanson. Car c'est là la force de l'oeuvre: c'est une des chansons qui permettent le mieux à l'esprit d'imaginer la scène qu'il entend. La narration est parfaite, légère, les mots tombent juste, la musique colle aux sentiments. La meilleure chanson de l'album alors ? Je ne pense pas. Comme je l'ai dit, les paroles sont un peu trop conventionnelles dans leur fond et l'engagement semble être devenu une nécessité, pour ne pas dire une fatalité. Cette chanson a toutefois reçu l'extraordinaire honneur d'introduire les concerts de la tournée "Visage pâle rencontrer public". Et même si, depuis, elle a disparu des planches de concerts, on ne se lasse pas de refaire la scène proposée une énième fois dans sa tête...

9. Socialiste

Un pré-réglement de compte ? Quelques années avant l'album "Marchand de cailloux" et ses chansons acides envers le socialisme, Renaud semble ici lancer un avertissement au monde politique de gauche en cette année 88 d'élections présidentielles. On sent derrières les paroles de cette chanson un homme déçu à 60 % des espoirs qu'il avait placés, comme de nombreux autres, dans une certaine conception de la politique. La chanson, en forme d'aventurette rose bonbon, n'est que le prétexte à une série impressionnante de pincettes, certaines beaucoup plus subtiles que les autres. La musique déroute un peu. Elle semble avoir été créée pour être chantée par les scouts au coin du feu de bois, ou en improvisation de paroles au "Club Med'". Le rythme assez rapide rend l'ensemble moins blessant qu'il aurait pu être, car le côté sérieux de l'oeuvre s'en trouve atténué. Les paroles renforcent d'ailleurs cette impression sans doutes entretenue volontairement. Renaud a acquis l'expérience qui lui permet de jouer précisément avec les sentiments. En concert, cette chanson passe assez bien et parvient même à faire oublier son message profond. Une réussite donc.

10. Petite

Véritable hommage à son public à travers la simple description d'une jeune admiratrice, "Petite" est une chanson intéressante à plus d'un point. Bien loin du simple "je vous aime", Renaud joue sur l'identification à la personne qui elle même s'identifie à lui. Ainsi, toutes ses valeurs ressortent à travers cette "Petite" qui partage avec lui ses souffrances et ses peines. Le message est puissant, clair, et pourtant il y a peu de paroles. Au niveau du fond, certaines allusions sobres et mystérieuses semblent réserver cette chanson aux vrais fans, à ceux qui la méritent, aux seuls qui peuvent la comprendre. Au niveau de l'imagerie, la narration fait encore une fois merveille et l'esprit n'a aucun mal à se représenter cette "Petite", perdue au milieu de la foule d'un concert. On pourra toujours reprocher à la musique d'être inégale, passant des couplets hachés aux refrains mélodieux, mais c'est un détail. Cependant, comme pour beaucoup d'autres chansons de l'album, celle-ci semble avoir du mal à trouver le juste milieu entre l'ambition et la réserve et cela se ressent un peu. Qu'il est difficile de vouloir flatter sincèrement...

11. Chanson dégueulasse

Le titre est à lui seul tout un programme. J'ai l'impression, en écoutant cette chanson, d'entendre Guy Montagné raconter une blague. A partir de l'archi-classique du fou qui veut repeindre son plafond, il va vous tirer 5 minutes de sketch à grands renforts de bruits, détails, mise en scène et insistances. Ici, même principe pour 4'41 de chanson. Ajoutez à cela que Jean-Louis Roques ne signe pas la plus extraordinaire des partitions musicales, l'ensemble faisant un peu "que peux-tu faire avec ceci?". Finalement, on ne rit qu'à moitié. Bref, vous comprendrez que je préfère passer directement à la dernière chanson.

12. Putain de camion

La voilà enfin, la chanson qui a donné son titre à l'album. Pas d'équivoque possible, Renaud rend ici hommage à Coluche, disparu deux ans auparavant dans un accident de moto. Le style est sobre, lent, propre. La colère grogne longtemps entre les dents pour finir par une tristesse plus sensible. La musique n'est pas en reste et accompagne les paroles tout au long de la chanson en de subtiles modifications qui font évoluer les sentiments comme les paroles le désirent. On peut toutefois remarquer que l'hommage en lui-même est bref et discret, la plus grosse partie de la chanson étant basée sur le reproche et l'amertume. La chanson semble ainsi avoir été écrite d'un jet, sur un coup de tête. En concert, cette chanson n'a été jouée que sur le concert de promotion de l'album. L'hommage rendu, elle est retournée dans l'album.

C'est sur une reprise "ad-lib" de la musique de fin de la dernière chanson que nous quittons cet album. Un léger goût de trop peu, de précipité et d'inachevé reste dans la bouche et les oreilles. Renaud semble avoir réussi l'exploit de réaliser un album qui critique l'aspect commercial de la musique mais lui-même commercial. En fait, cet album semble avoir été sorti un peu trop tôt, dans un pur souci économique, mais il n'a pas fait l'objet d'une promotion acharnée... C'est en fait tout le dilemme de cet album: il manque d'une personnalité forte et de cohérence, perdu à la frontière entre deux périodes musicales de l'artiste et ne faisant partie ni de l'une, ni de l'autre. C'est cependant un album plus facile à apprécier pour un fan récent que les premiers albums du chanteur et je ne pourrai que conseiller son écoute: certaines chansons sont en effet un vrai plaisir à écouter. Renaud va maintenant prendre son temps avant de nous sortir son nouvel album et quelque chose me dit qu'une révolution est en marche... à bientôt.
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# Posté le samedi 20 novembre 2004 20:04

Annalyse de "MARCHAND DE CAILLOUX"

Annalyse de "MARCHAND DE CAILLOUX"
Marchand de cailloux (1991)

L'intervalle entre chaque album augmente, ce qui est un phénomène normal d'usure. Il suffit de penser à Hergé et ses "Aventures de Tintin"(r)(tm)(c) pour s'en convaincre. Mais bien plus qu'un gros intervalle temporel, c'est un énorme intervalle stylistique qui sépare "Marchand de cailloux" de "Putain de camion". Autant "Putain de camion" donnait dans le synthétique à outrance, sauce française en prime, autant cet album tente de taper du coude les oeuvres "unplugged" d'autres artistes. Le tout, sous l'inattendu couvert d'une sauce anglaise (ou plutôt, irlandaise) et d'un incroyable professionnalisme musical qui fait malheureusement parfois transparaître que les faiblesses sont à chercher plus du côté de la composition que de l'interprétation. Je ne pense pas me tromper en affirmant que de nombreux fans ont dû ressentir une surprise énorme à la première audition de l'album. Doit-on y voir l'influence de Virgin après le relatif échec de l'album précédent ? Toujours est-il que c'est un superbe album qui nous est livré ici, un véritable second souffle bienvenu! Le besoin d'offrir de la qualité se fait sentir jusque dans la présentation du CD qui devient enfin LE support incontournable. Enfin, pour se replacer dans le contexte historique, l'album a été enregistré à Londres, pendant la guerre du Golfe, alors que l'Angleterre était dans le camp de ceux qui combattaient l'Iraq afin de s'assurer, sous le prétexte officiel de libérer des populations gentilles injustement envahies par des méchants, un appui stratégique dans cette région riche en pétrole. C'est ce contexte qui vaut le "pendant leur sale guerre" inscrit au dos de l'album... Pour finir, j'aimerais raconter cette anecdote d'un ami qui voulait se faire passer pour un grand connaisseur de Renaud, pour me faire plaisir, et qui m'a parlé longuement de l'album "Marchand de camions", mélange aussi subtil qu'involontaire des titres des deux derniers...

1. Marchand de cailloux

Cela faisait longtemps que la première chanson d'un album de Renaud avait donné son titre à l'album. C'est le cas ici. Musicalement, le ton est directement donné: instruments à vent, à corde, percussions et quelques claviers qui remplissent intelligemment le fond. Le tout sous une forme mélodique qui pourrait servir à une danse autour du feu dans la région de Dublin. Comme d'habitude, Lolita, la fille de Renaud, a droit à sa chanson. Chose nouvelle: Lolita est maintenant suffisamment âgée que pour pouvoir parler dans les chansons, via la voix et l'imagination de son père. C'est une nouvelle étape dans la carrière de Renaud: il peut maintenant se permettre de poser des questions, d'accuser, via la voix de tierces personnes. Il ne faut pas prendre cela comme de la lâcheté mais bien comme un besoin d'offrir un point de vue différent à plusieurs niveaux. Pour le reste, il s'agit d'une chanson classique dans le répertoire de Renaud: les injustices du monde sont à nouveau étalées, dénoncées. Du banal ? Non car le point de vue est neuf, les paroles sont idéales dans ce contextes et la construction musicale est presque parfaite, une fois la surprise stylistique passée. Et même si la chanson semble mal à l'aise en concert, nous sommes ici en présence d'une excellente entrée en matière pour l'album.

2. L'Aquarium

Une chanson semi-originale que cet "Aquarium". Peu originale par le fond, qui n'est qu'une énième dénonciation générale du monde, elle l'est beaucoup plus par la forme et l'image choisie: la colère de Renaud vue par la statuette du scaphandrier et d'autres éléments de son aquarium. Pour le reste, nous avons droit ici à une énonciation en règle des éléments que Renaud n'apprécie pas. Un point sort un peu du lot cependant: son énervement face à ces "gauchos devenus des patrons bien gros". Renaud est déçu par ce qu'est devenu le socialisme en lequel il avait placé tant d'espoirs quelques années auparavant. La musique rend bien le côté "énervement et lassitude intérieure" que veulent faire sentir les paroles, mais le rythme lent ne rend pas cette chanson très charismatique. Ce n'était sans doutes pas le but cherché. Il n'empêche que cette chanson tire son épingle du jeu en concert, mais sans plus. Détail amusant: cette chanson semble avoir été écrite ou légèrement transformée pendant l'enregistrement des autres car on y parle d'une guerre qui a eu lieu pendant le passage en studio de l'album.

3. P'tit voleur

J'aime beaucoup cette chanson. La musique est d'une propreté et d'une limpidité qui n'ont d'égales que sa classe. Il n'est pas étonnant de retrouver derrières ces notes légères mais volontairement pesantes un Jean-Louis Roques qui se rattrape merveilleusement bien de sa décevante "chanson dégueulasse" de l'album précédent. Ici, le matériel musical qui lui est proposé lui sied bien mieux et il s'en donne visiblement à coeur joie. Un premier danger en ce genre de circonstances est de ne pas trouver des paroles la hauteur de la musique. Ce c'est pas le cas. En précisant son attaque au travers du "je" d'une tierce(?) personne enfermée pour une raison dérisoire, Renaud nous livre une véritable dénonciation d'un système où l'injustice engendre l'injustice, même s'il ne site aucun régime particulier. Et point n'en est besoin, chacun se faisant sa propre idée plus ou moins loin de chez lui. Un second danger est de ne pas obtenir de fusion entre le fond et la forme. Ici, tout est parfait. L'album, psychologiquement assez sombre et pessimiste jusqu'ici, le reste, la musique se voulant parfois même oppressante dans son déversement de colère fataliste. Signalons encore que Renaud joue jusqu'au bout sur l'ambiguïté du personnage, est-ce lui qui s'imagine enfermé ? En tout cas le personnage lui ressemble sur de nombreux points. Cette chanson n'était sans doutes pas destinée à être jouée en concert mais c'est peut-être mieux ainsi, elle n'en est que plus doucement violente. Signalons enfin le magnifique clip vidéo qui image cette chanson. Rares sont les clips qui méritent autant le coup d'oeil.

4. Olé

Autant j'aime la chanson précédente, autant je n'apprécie que moyennement cette chanson-ci. Et pour cause: dans sa dénonciation de la tauromachie, je ne peux m'empêcher de la mettre en comparaison avec les "taureaux qui s'ennuient le dimanche" de Brel et cette dernière, plus travaillée et néfaste à cette boucherie organisée que certains osent appelée le noble combat de l'homme contre le fauve, remporte le duel dans mon coeur. Ici, nous assistons à la scène vue par les yeux des "belles étrangères" qui dénoncent un aspect "tourisme morbide" qui n'existait pas ou peu dans la chanson de brel. Au niveau ambiance, l'album ne s'éclaircit pas encore avec cette chanson et reste très sombre. La musique, volontairement lente, lourde et intimiste, destine cette oeuvre à être plus écoutée en salon qu'en concert. A découvrir donc, car elle complète assez bien l'oeuvre de Brel, même si l'ensemble paraît moins aboutit.

5. Les dimanches à la con

Changement brusque de rythme et de dynamique sonore avec ces "dimanches à la con". Renaud approche les 40 ans et la "nostalgie quand tu nous tiens", déjà entrevue dans les deux albums précédents, commence à ne plus se cacher, à se faire pesante et permanente. Dans cette chanson, et avec des mots simples, Renaud nous décrit sa jeunesse et les dimanches perdus qui s'écoulaient tranquillement dans la maison familiale. La musique, vive et agréable, est passe-partout. Les paroles, efficaces, manquent peut-être d'un véritable but. De cette combinaison naît une sortie de déséquilibre qui met la chanson mal à l'aise et c'est dommage car l'ensemble est assez sympathique. Ainsi, en concert, cette chanson a connu une histoire assez originale: les paroles ont été changées pour devenir un hommage à Gorbatchev. Mais je ne suis pas certain que le choix de cette musique était idéal. Le déséquilibre fond-forme reste. Il reste de tout cela une chanson originale à découvrir sur l'album car elle touche tout le monde, même bien avant 40 ans !

6. Dans ton sac

Ma chanson préférée pour cet album ! Tout y est presque parfait. D'abord, un sujet original que seul Renaud pouvait inventer: Renaud utilise une excuse bidon pour pouvoir fouiller le sac de sa femme et, loin d'y découvrir des objets compromettants, se retrouve pris au piège de sa propre curiosité et finit par regretter son geste. Ensuite une musique magnifique, qui fait bien ressortir le côté "petit garçon curieux qui va de découvertes en découvertes" et les autres émotions, même si elle aurait gagné à être encore un peu plus travaillée. Enfin, des paroles qui sont encore une fois un formidable exemple de concision sans perte d'information, associée à une narration limpide et efficace. Evidemment, on peut reprocher à l'ensemble un certain manque de rythme qui sacrifie (une fois de plus) une éventuelle prestation scénique. Mais cet album semble décidément se vouloir intimiste, comme si un besoin de calme après des années 80 déchaînées se faisait sentir. A déguster donc! A deux ?

7. Le tango des élus

Très originale, cette chanson est un jeu de mots bien trouvé bâti sur une seule phrase de 4 lignes. Renaud y dénonce à nouveau l'évolution du socialisme en France et n'hésite pas à assumer ses paroles en annonçant ouvertement qu'il est l'auteur de tout ce qui suit pendant l'introduction musicale. Peu de chose à dire sur la musique en elle-même qui est un classique tango construit dans les règles de l'art, même si l'ensemble semble se terminer beaucoup trop tôt. Le gag est alors poussé jusqu'au bout en incluant des bruits de studios. Encore une fois, Renaud atténue l'impact assez violent de ses paroles par une ambiance humoristique. L'expérience lui a sans doutes montré que c'était là la meilleure façon de faire passer un message à ceux qui voulaient l'entendre sans fâcher ceux qui préfèrent l'ignorer.

8. La ballade Nord-Irlandaise

Pour ceux qui ne l'avaient pas encore remarqué, l'album tout entier baigne dans une ambiance musicale irlandaise. Et c'est donc tout à fait normalement que l'on retrouve cette "ballade nord-irlandaise" pour introduire ce qui aurait été la face "B" de l'album. Autant le dire tout de suite: c'est une chanson magnifique, surtout musicalement ! En effet, sur base d'une musique traditionnelle irlandaise, Renaud construit ici une chanson dénonçant l'absurdité de la guerre en Irlande du nord. Les paroles sont assez simples mais ont le mérite d'être claires, la narration cèdant ici le pas à une certaine forme de poésie. L'attaque est directe et d'autres "bêtes noires" de Renaud en prennent à nouveau pour leur grade, simplement parce qu'ils passaient par là! Le rythme est cependant à nouveau lent, mais traiter un sujet aussi grave ne se serait pas bien accommodé d'un rythme beaucoup plus rapide. Il n'empêche que ce manque d'ambition voulu cantonne une fois de plus cette chanson à l'album ou à des concerts plus intimes, comme la tournée 1999-2000. Pourtant, l'ensemble est potentiellement plus à même d'être porté sur scène que d'autres chansons lentes de l'album. Sans doutes est-ce dû à la fin, résolument optimiste ! A surtout déguster dans son salon donc !

9. 500 connards sur la ligne de départ

On augmente maintenant le tempo. Voici une chanson vraiment engagée, sans généralités passe-partout, sans humour pour arrondir les angles, sans équivoque possible. Le rallye Paris-Dakar, même s'il n'est pas énoncé directement, nous est décrit ici sous tous ses aspects négatifs, souvent ignorés par les médias mais malheureusement bien réels, du moins à l'époque. Le style est corrosif, les comparaisons acides et frappantes. La musique, étonnamment rapide pour l'album, est vive et entraînante. La chanson parfaite alors ? Non car il manque une adéquation entre les paroles et la musique. Comment paraître crédible quand on décrie un "monument" du sport et tout le cortège médiatique qui l'accompagne sur une musique digne d'une version moderne électrisée d'un solo de Charles Ingalls quand tout finissait bien dans la "petite maison dans la Prairie" ? Seul les couplets (un peu) et les break avant les refrains (plus) parviennent à l'adéquation. Est-ce fait exprès ? Je ne le pense pas. Je pense plutôt que, sur cet album, Renaud découvrait un nouveau style musical et n'en maîtrisait pas encore toutes les ficelles. D'où quelques maladresses évidentes. Il reste de tout cela une chanson capable de chauffer les salles les soirs où cela va bien se passer mais capable d'énerver assez vite dans les autres cas. A découvrir, cependant.

10. Tonton

Sur la lancée du "tant que je suis chaud, je règle mes comptes", voici venir maintenant "Tonton". Ici aussi, aucune équivoque possible même si le personnage n'est jamais nommé, Renaud règle ses comptes avec celui qui incarnait le plus le socialisme en lequel le chanteur croyait, avant de subir une déception à la hauteur de ses espoirs: François Mitterrand, surnommé "Tonton" par une partie de la population. Dès les premières paroles, on sent qu'un fois de plus sur cet album, la chanson n'est pas destinée à une carrière sur scène. C'est une musique dépouillée qui semble laisser Renaud et la victime de ses paroles seuls au monde, comme dans un duel déséquilibré car seul l'un des deux acteurs est actif. C'est à un véritable travail au corps iconoclaste que nous avons droit, mais rien de vraiment vexant, si ce n'est les dernières paroles, pleines d'un sens que seule la vraie déception peut engendrer. Bref, une chanson à découvrir absolument, mais à replacer avant tout dans son contexte.

11. Je cruel

L'exemple même d'une chanson qui s'est perdue dans un album. L'histoire d'une prise à la pêche sert de prétexte à Renaud pour nous livrer une analyse d'un certain type de relation "amoureusement possessive". Mais, comparativement aux autres oeuvres de l'album, la chanson est presque aussi creuse que l'était "petite fille des sombres rues" en son temps. Même la musique de Jean-Louis Roques, une fois de plus légère, ne parvient pas à accrocher car bien trop frivole par rapport à la froideur objective des paroles. Bref, une chanson qui sent le "il faut absolument sept chansons sur chaque moitié du disque" même si on croit sentir une ambition initiale trop vite estompée. Autant dire que la chanson n'est jamais sortie de l'album. Passons plutôt à la suivante.

12. C'est pas du pipeau

Revoilà Lolita en tant que fille, revoilà Renaud en tant que père. Voilà l'âge des premiers conseils de l'homme qui a déjà vécu à son enfant qui va vivre. C'est une chanson mignonne qui nous est livrée ici, susceptible d'être entendue par tous les enfants de l'âge de Lolita. Renaud joue ici merveilleusement sur le mélange entre le monde des adultes et la vision d'un enfant sur ce monde et sur le monde d'insouciance et d'imaginaire qu'il quitte petit à petit. La musique, ici, colle merveilleusement bien à l'ambiance générale de la chanson. Une bonne chanson donc, mais peut être trop gentille et pas assez marquante pour faire face à la concurrence en concert. A écouter avec l'enfant dans les bras donc !

13. Ma chanson leur a pas plu (suite)

En général, au cinéma, la suite d'un film est souvent plus décevante que l'épisode initial. Comme diraient les "Nuls", si vous avez adoré le film "On fait pas d'omelette sans casser", vous serez déçus par sa suite "On fait pas d'omelette sans casser 2". Plus sérieusement, que penser de cette chanson ? Plusieurs choses ! Tout d'abord, on constate peu d'innovations par-rapport à la chanson originale au niveau des paroles. Seuls les chanteurs et styles musicaux ont été mis à jour pour coller à l'actualité, mais l'histoire et le principe restent les mêmes. Plus grave, la musique qui hésite entre la musette et le folklore russe (pourquoi ne pas l'avoir utilisée pour "Welcome Gorby" en lieu et place de la musique des "Dimanches à la con" ?), ne parvient pas à rendre le moindre sentiment. Bref, le tout sent le manque d'inspiration pour finir l'album. Autant dire que sa carrière en concerts s'en est mal ressentie. Détail amusant, Renaud a dû se défendre et affirmer à plusieurs médias que "la tête pleine d'eau, robinet derrière la nuque, qui revenait de Rolland-Garros" n'était pas Yannick Noah ! J'avoue que, moi aussi, j'ai pensé à l'ancien champion de tennis dès la première audition de la chanson. Pour résumer: si vous aimez les caricatures de chanteurs et styles musicaux, foncez sur cette chanson, sinon, elle se laissera écouter mais ne vous apportera rien.

14. Tant qu'il y aura des ombres

Chanson à part sur l'album, tellement à part qu'elle semble perdue, coincée entre "Ma chanson leur a pas plu", et une fin imaginaire de l'album. Renaud nous y décrit sa passion pour la pêche et on sent nettement au travers des paroles un sentiment qui n'est pas feint. La musique n'est pas en reste et retranscrit parfaitement l'ambiance calme et sereine qui semble entourer la passion de l'artiste. La lenteur du rythme se justifie ici parfaitement, l'orchestration nous permet de rêver. Un grand moment de poésie donc, qui clôture l'album de manière révélatrice: nous sommes loin du grandiose "Fatigué" qui clôturait le bouillonnant "Mistral gagnant", nous finissons ici un album très intime, un véritable changement de cap dans la vie et le style musical de Renaud.

L'album se termine donc par un duo de percussion basse et de flûte qui sert de fond musical à des choeurs que l'on sent heureux et optimistes. Une page vient de se tourner: Renaud n'est plus un jeune chanteur qui éprouve le besoin de faire un tube de chacune de ses chansons. C'est maintenant un artiste reconnu, un homme qui approche des quarante ans, qui comprend mieux comment tourne le monde et qui désire plus de communion avec ses auditeurs. De même, ses albums se veulent maintenant plus finis, plus fouillés musicalement, ce qui explique la qualité des musiciens qui l'ont conçu. Seulement, un tel changement musical ne pouvait pas se faire sans une période de rodage où le chanteur a dû apprendre à rechercher le juste milieu, sans pour autant perdre sa personnalité, ce qui n'a pas toujours été le cas sur cet album qui semble parfois avoir servi de "rodage". Attendons le suivant pour voir si les leçons seront retenues...
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# Posté le samedi 20 novembre 2004 20:06

Quelques affiches du concerts

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BOBINO 80
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# Posté le samedi 20 novembre 2004 20:13

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BOBINO 81 "CHANSONS REALISTES"
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# Posté le samedi 20 novembre 2004 20:15