Annalyse de "PLACE MA MOB"

Annalyse de "PLACE MA MOB"
Place de ma mob (1977)

J'en entends déjà qui réagissent "comment ose-t-elle affirmer que 'Place de ma mob' est le titre de l'album ???". Et ils ont raison ! Le deuxième opus de Renaud ne possède pas de titre officiel mais uniquement le nom de l'artiste, un peu comme le second album 'sérieux' de Bruel (celui de trop si on oublie le premier). Cependant, une inscription "Place de ma mob" s'inscrit sur le décor de la couverture, ce qui a amené plus d'un fan à en faire le titre de l'album. J'en fais partie. Arrêtons toutefois de nous focaliser sur cette inscription et tentons de prendre un peu de recul. Une chose nous frappe alors immédiatement: quelle différence par rapport au premier album ! Le "titi de Paname" s'est presque complètement effacé devant une caricature de loubard en blouson et mobylette. On ne peut pas y croire, mais qu'est-ce que ça marche ! Le style des chansons a également changé, poursuivant le mouvement qu'avait amorcé la fin du premier album. Oublions le sombre et l'hyper-réalisme, pratiquement tout devient prétexte à l'humour et la dérision ! L'artiste est lancé.

1. Laisse béton

L'album commence très fort avec cette chanson mythique. Quand, dans son live au Zénith en 1986 (dont je vous conseille la vidéo mais surtout pas le CD), Renaud affirme "la chanson qui vient, c'est grâce à elle si vous êtes là et moi aussi, un peu...", il parle de 'Laisse béton' et il a sans doutes raison ! Je parlerai souvent de ce que je considère personnellement comme étant les deux époques principales de Renaud: l'avant et l'après "Putain de camion". En ce qui concerne la première époque 'Laisse béton' est pour moi la chanson qui rend le mieux l'image que Renaud a finalement décidé de donner de lui-même. Tous les clichés s'y retrouvent. Le bar, le blouson, la mob, les loubards, la castagne et, surtout, ce délicieux côté de faible qui joue au dur. Le premier album semble déjà oublié comme un péché de jeunesse. Ainsi, de la même façon qu'"Amoureux de Paname" introduisait et orientait le premier album, la chanson qui nous occupe semble être destinée à nous aiguiller vers une perception inédite du chanteur, vers un style qui s'affirmera et se précisera tout au long des albums suivants. Musicalement, nous sommes déjà rassurés: l'artiste a mûri. Le style est plus épuré, sonne mieux. Nous sommes passés du chanteur de rue à celui qui envisage maintenant une carrière.

2. Le blues de la porte d'Orléans

Gros problème cependant: peut-on complètement faire table rase du passé et décontenancer ceux qui ont apprécié le premier album ? La crédibilité ne passe-t-elle pas par la continuité ? "Le blues de la porte d'Orléan" semble avoir été écrit pour répondre à ces questions. Si l'accent est mis sur l'humour et la dérision qui dirigent pratiquement tout l'album, le contexte redevient parisien et, si les relents idéologiques du premier album sont toujours là, ils sont ici enveloppés de telle sorte qu'il faut être fan de la première heure pour en reconnaître la forme. Musicalement enfin, Renaud élargit son registre et nous offre pour la première fois un blues dans tout ce qu'il y a de plus classique, ponctué d'un "Oooh yeah" tout ce qu'il y a de plus faussement ricain.

3. La chanson du loubard

Première chanson 'sérieuse' de l'album. Les ingrédients restent à première vue les mêmes: banlieue, Paris, loubard, bécane. Mais c'est un côté plus sombre qui nous est ici présenté. A travers un personnage interprété à la première personne, c'est d'une classe sociale complète que l'on parle. Cette chanson est d'ailleurs la première dans la discographie de Renaud à évoquer un sujet social sur le mode 'réel' en lieu et place du mode 'réaliste'. L'artiste s'engage enfin personnellement, le désespoir d'un ensemble de personnes devient le sien. Et même si l'ensemble sent la récupération, on ne peut qu'apprécier vivement ce premier éclair. Que dire de plus sinon que cette chanson reste encore aujourd'hui une référence, justifiant parfaitement sa reprise intégrale sur l'album live "Paris-Province".

4. Je suis une bande de jeune

J'ai toujours eu personnellement un faible pour cette chanson. Une petite musique qui vous reste dans la tête et surtout un sujet délirant mais on ne peut plus original la composent. Cette chanson fait partie de ces oeuvres qui ont la tâche ingrate de fidéliser un public à un chanteur, de frapper sans se faire remarquer. Bien loin d'un cinquante millième "mon amour est parti, je suis désespéré" ou d'un soixante millième "Reviens je t'en supplie" dont certains nous inondent, nous avons ici droit à autre chose, à de l'inattendu, à du nouveau. Cerise sur le gâteau, la chanson se fond merveilleusement dans l'album et tous les thèmes déjà développés dans l'album sont à nouveau présents.

5. Adieu Minette

Petite chansonnette de creux d'album, "Adieu Minette" est là pour enfoncer le clou, pour confirmer le personnage du loubard anti-bourgeois et anti-militariste à ceux qui en doutaient encore. Le style est cependant intéressant, surtout si on le compare au "Petite fille des sombres rues" du premier album. Au travers du texte, Renaud prouve qu'il maîtrise maintenant l'art de la structuration globale des paroles, l'art de la narration, l'art de la dérision utile. Tout le talent de l'artiste est de faire passer son message en arrière-plan du sujet de la chanson. D'ailleurs, la balance entre l'avant et l'arrière-plan est ici particulièrement savoureux, nous sommes en flash-back permanent mais le tout reste étonnamment léger. Tout est fait pour nous conduire en roue libre vers la piste suivante.

6. Les charognards

On passe maintenant à la classe supérieure, dans cette catégorie des chansons qui marquent et restent. Tirée d'un fait divers authentique, "Les charognards" est, selon moi, un véritable chef-d'oeuvre. L'idée de base est cependant simplissime: observer et décrire une foule de curieux qui viennent s'agglomérer autour d'un fait divers. C'est ici que l'on mesure alors le talent de Renaud. C'est en effet à un véritable tableau en niveaux de gris du français moyen que nous avons droit. La scène, bien que terriblement statique vue de l'extérieure, nous est rendue ici extraordinairement dynamique. Nos yeux, guidés par nos oreilles, passent sans cesse d'un personnage à l'autre. L'idée de présenter la scène dans le chef de la personne à terre rend l'ensemble encore plus circulaire, encore plus claustrophobe. Quant au fond, il rejoint la forme pour finalement terminer la chanson sur une note optimiste, histoire de rééquilibrer un peu la balance. Du grand ouvrage !

7. Jojo le démago

Non, vous ne vous êtes pas trompés d'album, nous ne sommes pas sur "Amoureux de Paname" même si cette chanson en donne l'impression par le fond et la forme. Une fin de stock pour boucher un trou ?

8. Buffalo débile

Quelle drôle de chanson, vraiment, quelle drôle de chanson ! Un véritable hymne à la démystification. Pour ceux qui suivent, on retrouve ici le petit détail qui a son importance: Renaud ne se présente pas comme un vrai dur, mais comme une parodie de loubard. Cette chanson constitue alors le moyen idéal de nous empêcher de croire totalement au personnage que l'auteur veut nous imposer. Les tons mineurs et pleunichants qui la composent accentuent encore le côté volontairement minable mais renforcent la sympathie envers le personnage. Renaud aurait-il eu la même carrière s'il avait joué la carte de la violence gratuite et sincère ? Rien d'autre à dire sur cette chanson qui ne dépassa jamais le cadre de l'album.

9. La boum

Puisque l'on est en présence d'un album où le sérieux est destiné à faire figure de parent pauvre, enchaînons avec une chanson dont le seul but est de distraire. Et elle y arrive bien ! Tout est fait pour: le rythme s'accélère juste ce qu'il faut, la musique colle au sujet, l'histoire ne demande aucune réflexion et, surtout, nous est délivrée de façon limpide et légère. Pour ceux qui en doutaient encore, Renaud s'affirme ici définitivement comme un grand auteur narratif.

10. Germaine

Tant que l'accordéon est chaud, profitons-en pour lancer la chanson suivante. "Germaine" est, de tout l'album, la chanson la plus "à chanter". Le genre de mélodie qu'un groupe reprendra bras dessus, bras dessous. Une locomotive pour l'album ? C'est également pour Renaud l'occasion de lancer le premier des personnages qui garniront sa discographie, y créant une sorte de cohérence bienvenue, une source de fidélisation indispensable. C'est également l'occasion d'aérer l'album, en ne le faisant pas graviter autour d'un seul personnage. Cette chanson ne sera que peu reprise en public et je trouve cela dommage car c'est un outil intéressant pour chauffer une salle.

11. Mélusine

Une musique qui bruite et craque de partout, un air répétitif mais bien balancé et des paroles en forme de variations sur un même thème, telle est "Mélusine". Cette chanson sans prétention s'apparente à un exercice se style dont le seul but est à nouveau de distraire l'auditeur. Point remarquable toutefois: le "hors texte". Il n'est pas si courant d'entendre des chanteurs intercaler des impressions personnelles, des explications, des gags supplémentaires, entre deux phrases de leurs chansons. "Mélusine" est à ce propos la première chanson de Renaud où le "hors texte" est utilisé aussi intensivement. Ce principe sera réutilisé de manière souvent savoureuse dans la suite de la discographie du chanteur.

12. La bande à Lucien

La vie est parfois étrange. Qu'est-ce qui sépare une très bonne chanson d'une incontournable ? Parfois des tout petits riens ! "La bande à Lucien" en est un excellent exemple. Voici une chanson que je trouve excellente: la musique est mûre et très propre, la mélodie chante juste ce qu'il faut et le texte est magnifique de mélancolie mesurée. Cependant, il manque quelque chose. Peut-être le côté intemporel ? Peut-être le côté plus généraliste. Cette chanson est néanmoins l'occasion pour Renaud de nous présenter une valeur qui lui tient particulièrement à coeur: l'amitié. Et même si nous ne sommes pas en présence d'un monument comme "Manu", c'est un nouveau pan fait de tendresse sympathique qui nous est dévoilé ici. La chanson se termine comme un "ce n'est qu'un au-revoir" et nous invite à attendre avec impatience l'album suivant. Laï la laaaaa....
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 20 novembre 2004 19:44

Modifié le mardi 23 novembre 2004 15:49

Annalyse de "MA GONZESSE"

Annalyse de "MA GONZESSE"
Ma gonzesse (1979)

Troisième album de Renaud, "Ma gonzesse" ne poursuit pas, contre toutes attentes, la marche en avant entamée avec le deuxième opus mais marque un point de stagnation, voire un léger retour arrière. Globalement, c'est un album plus sombre qui semble avoir été difficile à produire dans le chef du chanteur. Certaines chansons sentent un peu la fin de stock, d'autres semblent s'être perdues, au point d'empêcher une bonne cohésion globale. Peut-être est-ce là la cause du quasi-oubli dans lequel la plupart des chansons de l'album semblent être tombées aujourd'hui.

1. Ma gonzesse

Chanson titre de l'album. Nous continuons la visite des sentiments du chanteur, entâmée avec la "bande à Lucien" sur l'album précédent. Cette fois cependant, il ne s'agit plus d'amitié mais bien d'amour. Le chanteur nous livre une partie de son intimité, se rendant par la même occasion plus proche de nous, plus réel. C'est également l'occasion pour Renaud de confirmer une fois de plus son talent de parolier. Là où la plupart sont obligés d'abuser de paroles parfumées, de sirop de guimauve et de violons pour finalement accoucher d'une chanson où les sentiments semblent aussi crédibles qu'un ministre en campagne électorale, Renaud parvient avec une mélodie toute simple, des mots simples, voire anti-romantiques (je pense en particulier à "cassoulet") à écrire une chanson vraie et terriblement romantique, dans le noble sens du terme. De toutes les chansons de l'album, "Ma gonzesse" reste celle qui a le mieux subi le poids des années.

2. Sans dec'

Et une chanson-gag, une ! Nous avons droit ici à des couplets dont la seule raison d'exister est d'amener un jeu de mot aussi lourd que final. Après l'intermède romantique de la première plage, "Sans dec'" nous invite à penser que nous sommes en présence d'un album de la même veine que le précédent, où pratiquement tout sera destiné à être tourné en dérision. Il n'en sera rien, ou presque. Que retenir d'autre de cette chanson si ce n'est qu'elle est tombée dans l'oubli le plus total, malgré une mélodie propre, sympathique et une orchestration qui gagne en légéreté.

3. La tire a Dédé

Nostalgie quand tu nous tiens ! Après le souvenir de la "bande à Lucien" (encore ?), voici celui de la "tire à Dédé". On pourrait craindre que ces deux chansons fassent double emploi mais il n'en est rien, ou si peu. Le principe est le même et sera de nombreuses fois encore utilisé et réutilisé par Renaud. Cependant, le sujet passe du personnel au semi-impersonnel et le sens descriptif s'améliore. La concentration d'informations est impressionnante mais passe bien, comme d'habitude. Seule la musique ne colle pas parfaitement aux paroles, la mélodie du couplet semblant annoncer un refrain optimiste qui ne vient pas. Le choix des instruments amplifie cette impression. Il reste de tout cela une chanson que j'apprécie toutefois énormément.

4. Chtimi rock

Trop Parisien Renaud ? Certainement pas ! Il a du sang chtimi dans les veines et même si nous sommes encore très loin de l'album "Renaud cante el' nord", nous avons ici droit à un avant-goût assez déroutant. En effet, voici une chanson dont le but premier n'est pas de faire chanter les foules et qui ne transporte pas de véritable message. Que reste-t-il alors ? Les textes ? Ils manquent un peu de relief, d'inventivité et, si le but était d'être comique, d'autres chansons pourtant plus anciennes ont été déjà nettement plus réussies. La musique ? Elle est assez prévisible et académique. De plus, la voix n'a pas la force ni le dynamisme nécessaire à supporter ce genre de rock. Quoi alors ? Vraisemblablement un besoin d'élargir son public et de ne pas se cantonner à une région. Sans doutes également un besoin de "démystifier" dont le summum sera atteint avec la dernière plage de l'album.

5. J'ai la vie qui m'pique les yeux

Aie ! Comment est-il possible, après avoir écrit "Ma gonzesse", de retomber dans un romantisme aussi gratuit ? Evidemment, certains me diront "oui, mais on sent le chanteur qui a pris de l'expérience, la chanson est sombre et il n'a plus peur de parler de ses propres sentiments", ce que je ne peux qu'approuver. Cependant, cette chanson que l'on aurait pu retrouver sur "Amoureux de Paname" sent aussi le bouche-trou, la précipitation, l'anti-démonstration du côté marginal du chanteur. Bref, un immense retour arrière à oublier !

6. C'est mon dernier bal

Ouf, la plage suivante est de nature à nous rassurer. Voici enfin du Renaud pétillant, blouson de cuir et mobylette dans un décor qui est celui qu'il veut bien se donner. Cette chanson est également pour le chanteur une nouvelle occasion de se diversifier. Après le rock, place au twist ! Je ne m'attarderai pas sur les paroles, sans prétention mais encore une fois magnifiques de narration, ni sur la musique dansante à souhait. Le but de la chanson est de distraire (peut-être de frapper les oreilles lors de la promotion radio) et elle y parvient parfaitement. Une chose me chiffonne pourtant: tout prédisait cette chanson à être la dernière plage de l'album et elle se retrouve dans son ventre mou. Sans-doutes vient-elle à point nommé pour réveiller l'auditeur après un début d'album un peu plat. Renaud lui réservera cependant l'honneur de clôturer son pot-pourri sur le live de 1986 avant de l'oublier petit à petit.

7. Le tango de Massy-Palaiseau

Prenez le premier album, le deuxième, secouez, mélangez, puis coupez en deux et servez chaud. Telle pourrait être l'inspiration du "Tango de Massy-Palaiseau". On retrouve ici le décor et la symbolique du premier album légérement tintés par la dérision et le non-sérieux du deuxième. Ce qui est étonnant, c'est que ce mélange qui prenait plus ou moins bien jusqu'ici commence à ne plus réussir. Le chanteur semble s'engager dans un cul-de-sac dont il aura bien vite l'intelligence de sortir. Peu de chose à dire en plus sur cette chanson sans prétention qui semble être surtout un nouveau moyen pour gagner une plage.

8. Chanson pour Pierrot

Et pourtant, malgré le tableau peu réjouissant tenu jusqu'ici, nous sommes sur une oeuvre d'un très grand chanteur et "Chanson pour Pierrot" va nous le prouver. Je pense que ceux qui se sont déjà levés de leur chaise en m'entendant critiquer l'une ou l'autre chanson vont ici mieux me comprendre. Prenez un sujet "j'ai très envie d'avoir un fils" et demandez à plusieurs chanteurs de composer une chanson sur ce thème. Combien parviendront avec des mots on ne peut plus simples et des effets réduits au maximum à générer une chanson de la densité de celle-ci ? Combien encore parviendront-il à en profiter pour renforcer leur propre image ? Si romantisme il y a, il n'est ici ni gratuit ni forcé, il est juste merveilleusement implicite. Et même si la vie a finalement réservé un mauvais clin d'oeil à cette chanson, il n'en reste pas moins une oeuvre très forte que chaque fan de Renaud se doit de connaître.

9. Salut manouche

Décidément, la fin de l'album nous réserve de bonnes surprises. J'ai déjà parlé de ce que je considère comme étant les deux périodes principales de Renaud: l'avant et l'après "Putain de camion". Je subdiviserais encore la première partie entre les trois premiers albums et les autres, même si cette seconde séparation est plus légère, plus subjective. Nous sommes donc ici en présence de la dernière chanson de la première partie de la première période du chanteur ("Peau aime" n'étant pas à proprement parlé une chanson). Vous suivez ? Dans ce contexte, je trouve que "Salut manouche" est une réussite, un "au-revoir" de qualité. La musique est magnifique, le fond rejoignant la forme, légère et judicieusement hachée au niveau du rythme. Les paroles sont très légèrement en retrait mais permettent au chanteur de réutiliser une fois de plus les thèmes qui lui sont chers. Chose importante toutefois: Renaud ne semble plus utiliser la dérision du deuxième album mais semble plus sincère dans ses idées. Qu'en est-il vraiment ?

10. Peau aime

Voici une réponse qui n'en est pas vraiment une. Une succession de négations de négations. "Peau aime" n'est pas à proprement parler une chanson mais un texte à rimes vraisemblablement enregistré lors d'un des premiers concerts du chanteur. Du début à la fin, l'auditeur est emmené sur toutes les fausses pistes possibles et imaginables, sur les sentiers de la démistification totale. Qui est vraiment Renaud ? Ou plutôt, que n'est-il pas ? Oubliez les idées reçues, il n'est rien de tout cela, semble dire le texte. Et si le texte mentait ? Bref, impossible de se faire une idée si ce n'est que l'on ne peut être sûr de rien. Renaud le savait-il lui-même, lui qui avouera plus tard avoir longtemps cherché son public ? Une chose transparait toutefois, l'artiste pas un mauvais bougre mais quelqu'un de sympathique et fortement attâché à ses valeurs, un sentimental habillé de noir, un pessimiste comique. Les trois premiers albums ont surtout servi à planter le décor, à définir l'ambiance du chanteur, à essuyer les plâtres des débuts. Place maintenant au folklore d'où naissent les légendes, place à l'album suivant, place à "Marche à l'ombre".
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 20 novembre 2004 19:47

annalyse de "MARCHE A L'OMBRE"""""

annalyse de "MARCHE A  L'OMBRE"""""
Marche à l'ombre (1980)

Wow ! Il nous avait caché ça le bougre ! C'est sûr maintenant, "Ma gonzesse" est sorti trop vite, sans doutes pour des raisons commerciales, et on y a fourgué les restes pour garder le meilleur pour ce nouvel album ! Si je vous dit "Marche à l'ombre", "Les aventures des Gérard Lambert", "Dans mon HLM", "La teigne", "Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?", "It is not because you are", "Baston!", "Mimi l'ennui", "L'auto-stoppeuse", vous me répondez "ben, ce sont des tubes de Renaud, wah hé l'aut' hé !" Et si je vous répond "Toutes ces chansons sont sur un et un seul album !". Vous me dévisagez alors ! Pas possible, on ne sort pas un album dont chaque chanson ou presque devient un classique, un best-of avant la lettre ! Hé bien si ! "Marche à l'ombre" en est le meilleur exemple. C'est un album fabuleux, une véritable flèche de Cupidon pour fan en manque de références. L'artiste prend une nouvelle dimension, bien plus grande que l'ancienne. Le personnage s'affirme définitivement. Et si le parolier hésite encore à s'engager, le musicien gagne en expérience, en inventivité, en qualité de composition. Bref, un premier grand tournant dans la carrière de Renaud, un album à ne manquer sous aucun prétexte !

1. Marche à l'ombre

Ah, toujours cette image de loubard qui suit Renaud, au point de monopoliser la couverture de l'album (au fait, avez-vous remarqué l'apparition du bandana ?)... Cependant, il a bien changé le loubard. Il n'hante plus la banlieue sauvage sur sa mob chouravée mais semble passer sa vie au bistrot, inoffensivement. Il délègue ses aventures à d'autres personnages. D'acteur, le personnage est devenu spectateur et narrateur, comme dans toutes ces bonnes séries où le vrai héros est celui qui en fait le moins mais sert de liant à une multitude de personnages satellites (que Tintin est plat si on le compare au capitaine Haddock !). Le style aussi a évolué. Dès les premiers accords, on sent que quelque chose a changé, ce n'est plus la même sonorité, la même époque, la même ambition. De même, le langage a changé et "Marche à l'ombre" est un véritable chef d'oeuvre de l'argot chanté. Je mets au défi un non francophone (et même certains francophones) de comprendre le premier couplet. Mais la magie opère et la musicalité est là ! Cette chanson a rencontré un énorme succès et a fait l'objet de nombreuses reprises en concert. Pour ma part, ma version 'live' préférée est celle du pot-pourri de la vidéo "La chetron sauvage". A découvrir absolument donc !

2. Les aventures de Gérard Lambert

Chanson importante à plus d'un titre. Les "aventures de Gérard Lambert" est un pur délire du non-sens renaudien digne d'un univers de bande dessinée, un peu comme le reste de l'album d'ailleurs. Gérard Lambert, un invraisemblable anti-héros (?) vient ici rejoindre "Germaine" dans la gallerie des portraits dont Renaud nous gratifiera tout au long de son oeuvre. Toutes les références 'basiques' de Renaud se retrouvent dans la chanson mais ce n'est plus le chanteur qui subit ici ce qu'il dénonce, c'est un personnage 'ordinaire'. Et quel personnage ! Nous ne somme plus en présence de la simple narration d'une histoire "réaliste" mais bien d'un véritable film, ou plutôt dessin animé, dont chaque scène est présentée de manière à favoriser notre interprétation caricaturiste, notre imagniation la plus délirante. Quelques références inattendues viennent encore renforcer cette sensation d'impossible réalité (la rencontre avec un loubard aux cheveux blonds qui se prend pour le "Petit Prince", par exemple). Musicalement, la mélodie est malheureusement un peu faible. C'est peu être ce qui a empêché cette chanson de devenir un véritable incontournable. Néanmoins, c'est une oeuvre à découvrir absolument car elle est à mon sens à peu près seule sur sa branche dans l'arbre de la chanson française.

3. Dans mon HLM

Attention, chanson culte, reprise sur pratiquement tous les 'lives' ! Le principe de base est pourtant simple. Prendre 4-5 accords, une mélodie simple et répétitive et décrire l'HLM qu'habite le loubard Renaud du rez-de-chaussée jusqu'au huitième, étage par étage. Et bien ça marche ! La gallerie de la faune que nous décrit le chanteur est vraiment savoureuse. Toutes les tendances y passent, du raciste au baba-cool en passant par le communiste et le yuppie pour finir par Germaine ! Encore une fois, nous sommes en présence d'une description, encore une fois, les mêmes thèmes sont déclinés sous une forme légèrement différente. Pourtant, la structuration de la chanson, la qualité du texte et la mise en phase de l'oeuvre avec son époque en ont fait un incontournable de l'artiste, une référence que l'on étudiera dans les écoles sans doutes dans cinquante ans et plus. Quand je vous disais que l'album était extraordinaire !

4. La teigne

Si j'étais bêtement méchante et impulsive, je dirais "ah, une chanson qui a trois albums de retard !". Cependant, une audition révèle très vite que l'artiste a réalisé d'énormes progrès depuis ses premiers textes et qu'il est maintenant capable de faire passer n'importe quelle émotion avec un maximum de vraisemblance. Le pari était pourtant difficile car cette chanson vient s'intercaler entre deux feux d'artifice ! Mais le pari est réussi et nous avons ici droit à une pause tendresse bienvenue. Certains reprocheront à cette chanson d'être un peu en retrait par-rapport au reste de l'album, de faire tâche, là, en plein milieu. Qu'ils imaginent l'album sans et ils verront alors que la cohérence en aurait étrangement souffert. Dès lors, il n'est pas étonnant pour moi que cette chanson ait été reprise sur le live 'Paris Province' en 1995, soit 15 ans après sa création !

5. Où c'est qu'j'ai mis mon flingue ?

J'espère pour lui que Renaud portait des gants de protection lorsqu'il a écrit cette chanson tant l'encre de son stylo semblait acide. Pour reprendre une de ses expressions favorites, il semblait véritablement "énervé par la colère". Quelle drôle de chanson, vraiment, quelle drôle de chanson ! Le début de l'oeuvre, lancé par un accord saturé de guitare électrique permettant à la forme de rejoindre le fond, semble être une lettre ouverte à la critique bien pensante de l'époque. Très vite cependant, on retombe sur un ersatz d'"Hexagone" mais la chanson n'est jamais lassante, sans doutes grâce au style décapant, direct, à la musique équilibrée et pleine, à l'ambiance qui nous pousse à en redemander encore et encore. Cependant, à part sur la tournée de promotion de l'album, cette chanson ne sera jamais reprise en public (sauf un court extrait sur "Paris Province"). Un "one-shot" ?

6. It is not because you are

Qui d'autre que Renaud pourrait oser composer ce genre de chanson franglaise ? Personne ! Quoi ? Que me dites-vous ? Aznavour avec son "for me formidaaable, very véritaable" ? Non, il n'oserait pas y mettre la dérision et pousser le vice jusqu'à faire de l'humour avec un slow. Seul Renaud je vous dis ! Je me rappelle d'un cours d'immersion totale donné par une pure anglaise installée depuis peu à Bruxelles et ne parlant pratiquement pas un mot de français. Je cherchais en vain à m'expliquer et j'ai fini par prononcer "The...heuu... the trottoir". "Are-you Renaud" m'a-t-elle alors répondu ? Sinon, que dire d'autre de la chanson ? Une jolie petite mélodie, coulée dans le moule classique du slow, une pseudo histoire d'amour qui sert exclusivement de prétexte à des paroles inimaginables qui ne se décrivent pas mais s'écoutent et se découvrent ! Renaud prétend qu'il s'agit d'une satyre des slows habituels, je pencherais plutôt pour le pure délire ! Passons à la next chanson.

7. Baston !

Bon, tout n'est pas si rose que cela dans ce bas monde et ce n'est pas le pauvre Angelo de la chanson qui nous contredira ! Chanson contre l'exclusion, mais aussi contre le système, baston aurait pu devenir une référence. Mais il lui manque peut-être un peu d'homogénéité, de constance. On passe brusquement de couplets lents, interminablement calmes, sans reflet de la colère qui est censée monter à des refrains violents et appelant à la violence. Dans le même genre, "Deuxième génération" sera inconstestablement plus réussie, plus homogène et effacera "Baston!" de la majorité des concerts. Laissons toutefois à "Baston" la circonstante atténuante d'être un premier jet, une première ébauche du sujet et nous constaterons alors que c'est une chanson propre, bien loin d'être râtée.

8. Mimi l'ennui

La fin de l'album s'essouffle un peu et "Mimi l'ennui" en est la principale victime. A la base, le portrait d'une fille sans but ni envie est un sujet audacieux mais la forme pêche malheureusement un peu. En effet, si les paroles et la diction rendent parfaitement le côté las et désespéré de la chanson, la musique ne parvient pas à convaincre. En grattant un peu, on sent que le problème est plus à rechercher du côté de l'orchestration que du côté de la composition. Les enregistrements de studio cherchent parfois plus à ne pas déplaire qu'à plaire et cette chanson semble être un exemple râté d'asseptisation. Dommage, mille fois dommage. Reste des paroles qui valent la peine d'être lues. Une chose frappe néanmoins, l'ambiance 'bande dessinée moderne' de la narration.

9. L'auto-stoppeuse

Cette chanson est un bon résumé de l'album: on y retrouve la description d'une personne un peu 'zone' qui croise le chemin de Renaud et que celui-ci nous décrit sans rien prendre au sérieux tout en décochant au passage quelques flêches enflammées sur certaines personnes et réalités. Mais le résumé tend parfois vers la caricature et cette chanson confirme une fois de plus le côté un peu 'vite bouclé' de la fin de l'album. Il n'en reste pas moins une chanson bien sympathique que les rythmes 'rock' rendent entraînante et peu lassante. Remarquons au passage la critique d'une génération post soixante-huitarde molle, tendance hippies ("des vieux chnoques de vingt-cinq berges") et surtout l'attaque personnelle contre l'entreprise de restauration d'un homme, Jacques Borel, déjà caricaturé par Tricatel dans le film "L'aile ou la cuisse".

10. Pourquoi d'abord ?

"C'est vrai qu'elle est un peu bâclée, c'est parc'que sur mon disque, des chansons j'en avais qu'neuf et y m'en fallait dix". Telles sont les dernières paroles en forme d'excuse de cette chanson. Cependant, Renaud aurait pu se contenter d'une nouvelle "Petite fille des sombres rues" mais ce n'est pas connaître l'artiste que de croire cela. Ainsi donc, sur un air "Louis XIV", parfois exagéré à l'extrême, Renaud passe de manière incessante de la voix de gorge à la voix normale pour interprêter le dialogue délirant entre un jeune otage et son ravisseur. Les rimes sont facultatives, l'histoire un prétexte, les critiques ciblées. Et si le côté désinvolte et bâclé de l'oeuvre n'était qu'un filtre chargé d'adoucir le fond parfois un peu trop acide de la chanson ? Peut-être, peut-être pas. Chacun se fera son opinion.

L'album se termine déjà, bien trop vite. Après les trois premiers albums, nous venons de prendre un virage à 90 degrés et trois nouveaux albums nous attendent désormais dans la ligne droite qui se présente à nous. L'artiste va prendre sa vitesse de croisière pour ce que certains, dont je fais partie, estiment être sa plus belle époque. Bonne route !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 20 novembre 2004 19:53

Modifié le mercredi 24 novembre 2004 02:28

annalyse du "RETOUR DE GERARD LAMBERT"

annalyse du "RETOUR DE GERARD LAMBERT"
Le retour de Gérard Lambert (1981)

Troisième album en trois ans (!), "Le retour de Gérard Lambert" est la suite logique de "Marche à l'ombre" mais préfigure déjà les deux albums suivants et c'est pour cela que je l'associe volontiers à ce que j'appelle le plus beau triptique de Renaud. L'ambiance bande dessinée est toujours présente (je viens d'ailleurs de me rappeler que le dos de la pochette est en fait un dessin digne d'une bd) mais l'ensemble est beaucoup plus sérieux, presque austère parfois. La côté purement narratif va céder peu à peu le terrain au côté engagé, Renaud ne sera bientôt plus un loubard que par procuration. Est-ce l'apparition de la dédicace "A Lolita..." qui explique cela ? Ce disque est également le dernier à avoir été enregistré avec des moyens qui sonnent limités, ce qui augmente encore le côté charnière de l'oeuvre. Je ne pense toutefois pas que ce disque soit le meilleur de Renaud. Et même si "Manu" est encore bien présent dix-huit ans plus tard, réclamé à corps et à cri par les fan à chaque concert, la plupart des chansons de l'album n'ont pas survécu plus de cinq ans aux concerts. Un album à conseiller indiscutablement à ceux qui ont déjà d'autres albums de Renaud car indispensable dans la compréhension de l'évolution de l'artiste mais à ne pas trop conseiller comme album de découverte.

1. Banlieue Rouge

Enième description de la vie morose des cités dortoirs, "Banlieue rouge" est une honnête chanson d'introduction d'album qui commence malheureusement à sentir un peu le réchauffé. L'optique choisie est cependant originale: la ménagère de plus de cinquante ans, veuve et isolée dans l'immensité de l'indifférence générale. Mais plusieurs choses rendent cette chanson un peu maladroite: la musique par exemple, qui sonne plus "colère" qu'indiférence et résignation; les fins des refrains, qui semblent avoir été pénibles à trouver; des thèmes souvent entendus qui reviennent peut être une fois de trop ou trop vite. Dans le même genre "Deuxième génération" sera incontestablement plus réussi. Il en reste cependant une superbe narration, une de plus, criante de réalisme froid et que les générations futures s'amuseront sans doutes à analyser.

2. Manu

Renaud est de la race des grands de la chanson. Et ceux qui en doutaient encore ne peuvent qu'être convaincus par la chanson "Manu" qui vient se glisser sur la même marche que "Jeff", de Jacques Brel, dont elle s'inspire intelligemment, évitant le plagiat facile, ajoutant des émotions propres à l'artiste. La musique, bien que simplissime, aide magnifiquement les paroles à faire ressortir ce que les protagonistes ont sur le coeur. Les paroles justement tapent juste pour le monde de Renaud, cela faisait longtemps d'ailleurs que l'on n'avait plus autant senti le "personnage Renaud" au travers de ses paroles. Il résulte de tout cela une oeuvre qui se classe sans hésitation dans le top 5 de l'artiste, qui passe les années sans prendre de ride (être intemporelle aide souvent au succès d'une chanson) et qui, concert après concert, est toujours aussi réclamée par le public (principalement par les filles semble-t-il). A consommer sans modération donc !

3. Le retour de Gérard Lambert

Chanson ayant donné son titre à l'album, "Le retour de Gérard Lambert" fait partie de cette catégorie de chansons dont on attend beaucoup mais qui nous laissent un peu sur notre faim. L'utilisation de son titre pour l'album semble s'assimiler alors à un coup marketing du genre "Voici, entre autres, la suite des aventures de Gérard Lambert, ce loubard déjanté qui vous avait tant amusé dans l'album précédent". Mais le but n'est qu'à moitié atteint. Bien sûr l'humour est toujours présent. Bien sûr la musique aux sonorités médiévo-gothiques suit parfaitement les paroles de la chanson. Mais ce n'est plus le Gérard Lambert de l'album précédent. Ce n'est plus le loubard qui s'en va sur sa mobylette pétaradante vers la grande aventure qu'il s'invente à grands coups d'énergie tel un Don Quichote. Non, Gérard Lambert a préféré échanger sa monture contre une Simca 1000 pourrie, semble s'être embourgeoisé et va passer la chanson à subir passivement les événements. Une suite peut-être inutile mais qui a le mérite d'exister. A quand la chanson qui nous racontera ce qu'il est devenu ?

4. Le Père Noël noir

Bon, soyons directs. Etrange chanson que ce "Père Noël noir" ! Déjà, le choix du rythme jamaïcain, que Renaud semble avoir gagné dans une pochette surprise pour le placer directement sur l'album, peut surprendre... mais pourquoi pas, ne vaut-il pas mieux vivre avec des remords qu'avec des regrets ? Les paroles ensuite. Une chose frappe immédiatement, cela sonne plus 'Coluche' que 'Renaud'. Est-ce la première preuve d'une influence qui se confirmera, se matérialisera plus tard dans l'album ? A côté de ces questions existentielles, le contenu semble anecdotique et le pseudo-sketch qui nous est présenté sur fond de musique des îles passe tant bien que mal. Une chose attire cependant l'esprit, une petite phrase anodine: "le Père Noël, il n'est pas noir, il est normal" . Même si le contexte humoristique peut servir de filtre atténuateur, second-degrésique, il est étonnant d'entendre des mots qui vont à l'encontre des opinions avouées de Renaud. Certains avaient déjà peut-être ticqué dans "Banlieue rouge" en entendant les paroles "en cas de guerre, en cas de crise, ou de victoire de la gauche"... à contre courant de ses opinions actuelles. Renaud aurait-t-il changé d'opinion en mai 1981 ? Si quelqu'un peut m'expliquer, qu'il n'hésite pas !

5. J'ai râté téléfoot

Nous nageons ici en plein réalisme tendance naturalisme. "J'ai râté téléfoot" est assez révélatrice du changement de cap amorcé par l'album. Renaud s'est embougeoisé, passe plus de temps à la maison au détriment des bistrots et peut maintenant décrire dans ses chansons des scènes de sa vie quotidienne. Est-ce la paternité qui a provoqué ce changement ? Sans doutes. L'âge aussi peut-être... Toujours est-il que le décor de la chanson est on ne peut plus simple: un fauteuil, une télévision, les boissons à portée de main et l'épouse qui passe et repasse. Et malgrè la pauvreté des ingrédients, nous obtenons une chanson, véritable tranche de vie qui fait déjà office aujourd'hui de cours d'histoire (qui ne se souvient pas de ces attentes interminables avant "Téléfoot"), qui n'est pas trop désagréable à écouter, même si elle a complétement disparu du répertoire classique Renaudien. La musique, bien qu'un peu faible, est suffisamment entrainante et colle bien à la situation qui tourne sans cesse sur elle-même. Les paroles enfin ont le mérite et l'avantage de ne pouvoir qu'être de Renaud.

6. Oscar

Chanson dédiée au grand-père chtimi, "Oscar" est le moyen pour Renaud de rendre hommage à quelqu'un qui semble l'avoir fortement influencé, à cette homme qui vient du "pays où habite la pluie, chtimi jusqu'au bout des nuages". Et il y arrive bien le bougre. L'artisan des mots est en pleine forme et même si les vérités crues empêchent parfois un enrobage délicat, l'ensemble s'écoute avec plaisir. Seule la musique, trop commune et sans grande imagination, se situe un peu en retrait. "Oscar" restera confiné à l'album, c'était probablement son but.

7. Mon beauf

Voici une chanson que j'aime beaucoup ! La tendance aux sujets sur la vie de famille se confirme et Renaud nous brosse ici le portrait d'un beau-frère qu'on espère imaginaire, un "Beauf à la Cabu" comme il l'explique à la fin de sa chanson. Et c'est vrai que Cabu semble l'avoir plus qu'inspiré (il est amusant de noter que l'inspiration inverse semble avoir également fonctionné et que le fils de Cabu, Mano Solo, est aujourd'hui un artiste que l'on range volontier dans la nouvelle vague des Renaud-like). A l'écoute des paroles, c'est le français moyen tel qu'on peut le retrouver dans les caricatures du"Canard enchaîné" qui se dessine avec, pour seules caractéristiques, ses défauts. La musique suit parfaitement le côté dédaigneux des paroles et l'ensemble, bien qu'un peu répétitif, se laisse écouter. Cependant, si cette chanson se place souvent sur les "best-of" de Renaud et fait partie de celles auxquelles on pense quand on pense à l'artiste, elle a pratiquement disparu des concerts. Ce contraste s'explique peut-être par le manque de finalisation du texte où certaines paroles sont serrées au maximum pour entrer dans la mélodie et par le manque d'ambition de la chanson, qui l'empêchent de peu de faire partie des véritables incontournables.

8. La blanche

Difficile de ne pas faire le rapprochement entre "La blanche" et "Petite conne" qui arrivera dans deux albums. Cependant, même si le fond est le même (le problème de la drogue), le traitement est différent. C'est à une personne occupée à se détruire mais encore vivante que Renaud s'adresse ici. Encore une fois, on sent le Renaud mûri. S'il croise encore ses potes sur le comptoir d'un troquet, c'est parfois pour parler de problèmes sérieux, pour donner son avis; pour donner des conseils. Plus question de se contenter de regarder Bob jouer au flip'. Dans cette optique, "La blanche" est une magnifique chanson d'amitié qui paye malheureusement les pots cassés pour "Petite conne" qui l'effacera bien vite du répertoire renaudien. La faute peut-être à une musique assez académique, limitative et peu inspirée, même si elle colle aux paroles. La faute peut-être aussi à ces paroles qui sont un cran en dessous du niveau d'un renaud au mieux de sa forme, trop descriptive, pas assez engagées. Il reste de tout cela une chanson à l'image de l'album: à conseiller principalement à ceux qui aiment déjà Renaud et veulent approfondir leur connaissance de l'artiste.

9. Soleil immonde

Fait rare, voire unique (?) dans l'oeuvre de Renaud, "Soleil immonde" est une chanson pour laquelle Renaud n'est que l'interprète, musique et paroles étant l'oeuvre d'un autre artiste. En l'occurence, cet autre artiste n'est pas n'importe qui. Sous la signature de Michel Colucci, tout le monde aura reconnu Coluche, le célèbre humoriste français que la vie nous a trop rapidement enlevé. Et cette non paternité se sent très vite dans la chanson. La musique manque d'expérience mais, pour quelqu'un qui n'en faisait pas son métier principal, elle n'est pas mal du tout. Les paroles ont le mérite de l'originalité mais n'ont pas cette magie qui caractérise la plupart des paroles de Renaud, là aussi le manque d'expérience semble être le principal responsable. Heureusement, l'ensemble s'adapte parfaitement à la voix de Renaud qui parvient même à y placer des accents propres à Coluche dans l'enchaînement de certaines syllabes. Comme il fallait cependant s'y attendre, cette chanson a rejoint les autres oeuvres de l'album au club des chansons qui s'oublient. Une marque d'amitié sans prétention à découvrir donc.

10. Etudiant, poil aux dents

Enfin une chanson ouvertement engagée ! Mais quel drôle de sujet... Pourquoi s'en prendre ainsi gratuitement aux étudiants ? Serait-ce par un souci gratuit d'anarchie, par pure provocation, par démagogie vis-à-vis de ceux que Renaud estimait former son public majoritaire, par jalousie bête et méchante ? Est-on au contraire face à un Renaud au sommet de son art et de ses opinions, invectivant ceux qui formeront le pouvoir de demain à la seule force d'un diplôme, sans connaissance exacte du terrain avec les conséquence que cela peut avoir et a déjà eu ? Le tout fait toutefois un peu gros pour être totalement crédible, mais c'est peut-être un garde-fou volontaire et bienvenu. Musicalement, la mélodie est très agréable et les breaks musicaux en forme de revendication gréviste aux allures de mai 68 est une trouvaille pleine d'originalité. La carrière de cette chanson sera pourtant courte: elle sera juste reprise sur le live qui suivra l'album et sombrera rapidement dans l'oubli. A écouter cependant, juste pour savoir que. Il faut toujours savoir que.

11. A quelle heure on arrive ?

Chanson on ne peut plus originale, "A quelle heure on arrive ?" raconte l'ambiance des tournées quand celles-ci commencent à user leurs protagonistes. La description du car qui transporte l'équipe retranscrit parfaitement l'ambiance que l'on s'attend à y trouver et la musique lente, tendrement violente, irritante, amplifie merveilleusement la fâtigue et la lassitude des passagers. Trop même. La chanson en devient presque indigeste, difficile à écouter pour le simple plaisir de l'écoute, ce qui explique vraisemblablement sons manque de suivi en dehors de cet album. Mais encore un fois, les fans y trouveront leur compte. Un bel exercice de style donc, à ranger dans la catégorie "art et essai".

Le car s'éloigne, l'album se termine. Et nous restons là, sur le bord de la route, avec dans la bouche une impression de trop peu. Depuis ses débuts, Renaud a incontestablement mûri, musicalement, personnellement. Il ne manque plus qu'un petit quelque chose pour le transformer définitivement en star, pour le faire aimer même des non-initiés. Sera-ce pour l'album suivant ? Wait and see... En tout cas, moi, je vous y attends avec impatience !
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 20 novembre 2004 19:55

Annalyse de" MORGANE DE TOI"

Annalyse de" MORGANE DE TOI"
Morgane de toi (1983)

Les deux ans qui se sont écoulés depuis la sortie du "Retour de Gérard Lambert" ont sans doutes été parmi les plus importants dans l'évolution de Renaud. En effet, jamais jusqu'ici la transition entre deux albums consécutifs de l'artiste n'avait été aussi marquée. Nous sommes ici en présence d'un Renaud au sommet de son art, fort de ses six premiers albums et loin d'être à court d'idées, au contraire. Textuellement, l'album est dans la lignée des deux précédents, mais sonne plus léger, plus naturel. Musicalement, la différence est énorme. En effet, l'album a été enregistré aux Etats-Unis - comme le sera "Mistral Gagnant" - et cela se sent, s'entend. Le son fait plus commercial, plus pro. Les musiciens jouent froidement mais parfaitement ce qu'on leur a demandé. C'est aussi l'époque des premiers grands clips de Renaud, dont le "Morgane de toi" de Gainsbourg. A l'aide de ces ingrédients, c'est un album truffé de hits potentiels qui nous est proposé ici. Et de fait, aujourd'hui encore, de nombreuses chansons qui le composent font l'objet de reprises dans les concerts de Renaud. Un incontournable donc !

1. Dès que le vent soufflera

C'est avec un mi mineur plaqué sur une guitare sèche que la chanson nous accueille. "Dès que le vent soufflera" est une chanson extraordinaire, un véritable accoutumant à Renaud. Je ne compte plus les copains que j'ai convertis grâce à cette chanson. Je ne compte pas les gens qui répondent "c'est la mer qui prend l'homme" quand on commence à chanter "C'est pas l'homme qui prend la mer...". En quelques secondes, l'album se révèle. On sent la rigueur, le professionnalisme, l'artiste qui maîtrise un peu mieux son art à chaque nouvel album. Certains disent que cette chanson est une forme d'hommage à Hugues Aufray où l'élève aurait dépassé le maître. Il y a peut-être un peu de cela mais c'est surtout pour l'auteur l'occasion de nous faire partager une de ses passions: la navigation. Et tout fonctionne merveilleusement bien. La musique emmenée par l'accordéon d'un Jean-Louis Roques, qui s'affirme ici comme un incontournable dans la musicalité renaudienne, colle parfaitement aux paroles et ces dernières, bien qu'assez neutres et sous-engagées, remplissent parfaitement leur seule mission: "sonner vrai". Renaud reste cependant Renaud et gratifie ses refrains de fautes de français voulues, qui sont à cette chanson ce qu'est son grain de beauté à Cindy Crawford, ainsi que de jeux de mots démystifiants. Aujourd'hui, cette chanson est toujours une des plus attendues lors des concerts et le sera encore sans doutes longtemps. A ne rater sous aucun prétexte donc ! Je terminerai par une question: de cette chanson a été tiré un vidéoclip qui a été pour moi la première occasion de voir Renaud "mobile", et je me souviens qu'on le voyait devant la statue d'un marin qui semblait scruter le lointain... qui peut me dire où cette statue se trouve ? Merci d'avance !

2. Deuxième génération

Deuxième chanson de l'album, "Deuxième génération", loin d'être une chanson de deuxième zone, est un véritable deuxième chef-d'oeuvre de l'album ! Il faut dire que la chanson profite de l'expérience d'autres chansons que nous avons croisées dans les albums (ne devrait-on pas dire "alba" ?) précédents pour ne pas réitérer les mêmes erreurs et c'est une oeuvre pleinement aboutie qui nous est livrée ici. La musique, sobre à souhait mais magnifique, révèle le côté "à plaindre" et désespéré du personnage. Les paroles ont gardé le côté narratif que Renaud sait si bien manipuler mais sont calculées au plus juste et se fondent magnifiquement dans l'ensemble. La construction n'est pas en reste et renforce encore la cohésion de l'ensemble. Et aujourd'hui encore, le récit de la vie de ce fils d'immigré perdu dans la modernité et la réalité est toujours aussi attendu par les fans lors des concerts. A ne rater sous aucun prétexte non plus donc...

3. Pochtron

Renaud ne l'a jamais caché, il aime la dive amphore et "Pochtron" semble sous ce point de vue, une chanson parfaitement autobiographique bâtie sur l'ensemble de ses non-souvenirs. Que dire d'autre si ce n'est que cette chanson doit se sentir à l'étroit entre deux oeuvres majeures de l'album mais s'en sort plutôt bien. Une musique bien sympathique, bien que pouvant faire office de caricature de la chanson française aux yeux des étrangers (je pense en particulier aux Américains qui assimilent volontiers la chanson française à un accordéoniste qui joue devant un bateau-mouche dans la brume d'un matin parisien !), des paroles bien construites autour d'une histoire bien narrée, quelques trouvailles qui font d'une chanson une chanson de Renaud. Bref, une chanson qui me plaît beaucoup mais qui ne ressort plus très souvent en concert, la faute sans doute à la concurrence !

4. Morgane de toi

Chanson ayant donné son titre à l'album, "Morgane de toi" est un véritable incontournable de Renaud, présent dans pratiquement chaque concert depuis sa création. Plus que çà, la phrase mélodique principale de la chanson d'introduction fait partie aujourd'hui de la culture musicale française. Pourtant, si l'on prend du recul, on constate que la mélodie, sans les paroles, ou les paroles, sur une autre mélodie, n'auraient vraisemblablement pas eu le succès qu'elles ont connu ensemble. Peut-être est-ce là le véritable miracle de cette chanson, cette osmose un peu forcée mais qui se réalise à la perfection dans la bouche de Renaud. Une autre chose a un peu aidé la chanson: il est assez rare d'écrire une chanson si vraie, sur le simple regard d'un père qui regarde jouer sa fille dans un bac à sable. Nous sommes à mille lieues des habituels chagrins d'amour. C'est à une projection super-8 de la vie de sa fille que Renaud nous invite et nous invitera, album après album. Ce partage d'intimité avec son public est aussi une caractéristique marquante de Renaud et se renforcera au fur et à mesure des albums qui suivront. En attendant, ne nous privons pas de réécouter une fois de plus cette chanson...

5. Doudou s'en fout

Renaud a replongé la main dans la pochette surprise des musiques des îles où il avait déjà puisé la mélodie du 'Père Noël noir" pour en tirer la ligne musicale de cette chanson. Mais cette fois-ci, il a eu la bonne idée d'y coller des paroles en relation et cela se sent immédiatement. Même si la scène se passe à Paris, l'histoire de cette "Doudou" qui n'attend qu'une chose: prendre des vacances pour revoir son pays, est totalement crédible ! Deuxième chance pour la chanson, la musique est légère, vivante, agréable à écouter et reste en tête. Bref, une chanson sans doutes destinée à faire office de bouche-trou mais que l'on retrouve encore aujourd'hui dans les concerts de l'artiste, avec plus ou moins de réussite (autant j'aime la version du live 'Paris - provinces', autant je grince des dents devant l'inutile solo de batterie de la version CD du 'Retour de la Chetron sauvage'). Bref, une chanson a découvrir et à faire découvrir, surtout à ceux qui ne connaissent pas ou ne croient pas aimer Renaud, tant l'ensemble à un capital sympathie important.

6. En cloque

Ce que je n'aime pas aux CD par rapport aux bons vieux vinyles, c'est qu'il n'y a plus de face A, ni de face B. Au plus trouve-t-on parfois un disque A et un disque B, comme pour certains lives. Ainsi donc, pour les albums "studio" sur un seul CD, on se retrouve de plus en plus avec un titre accrocheur en première position et très vite un énorme ventre mou qui parfois s'étend jusqu'à la dernière plage. Parfois, de ce ventre mou, sortent l'un ou l'autre tube mais ces plages profitent souvent d'un matraquage médiatique réalisé dans les règles de l'art et se seraient probablement perdues dans les autres sans cette aide. Il manque en fait cette rupture de rythme qu'imposait le changement de face et l'opportunité, pour une chanson, d'être la première chanson de la face B, avec toute la responsabilité que cela sous-entendait. Je pense que nous sommes ici en présence d'une chanson destinée à être la première plage de la face B de l'album. A chaque fois que j'écoute cette chanson, j'ai l'impression que l'on vient de remettre un compteur à zéro. La chanson en elle-même semble un peu anachronique, parler de sa femme enceinte quand, deux chanson avant, on accompagnait sa fille au bac à sable, semble de prime abord un peu maladroit. Et puis, si on repense au fait que la première chanson d'une face se doit de séduire l'auditeur, on se rend compte que le choix est parfaitement réalisé. Autant "Dès que le vent soufflera" jouait dans la catégorie "grandiose hurlant", autant "En cloque" joue à fond la carte de l'intimité. Quand j'entends cette oeuvre, j'imagine un clip en noir et blanc ou peu saturé en couleurs, sombre, dans l'espace clos d'un appartement parisien dénudé, où Renaud se limiterai à apparaître dans les ombres, observant passivement sa femme qui ne serait jamais totalement visible à l'écran. Et c'est là toute la magie de cette chanson: l'ambiance extraordinaire d'intimité qui en ressort. Nous accompagnons le chanteur dans les affres de la paternité imminente et partageons ses sentiments. Les garçons se sentent solidaires, les filles demandent pardon même si, tous comptes faits, c'est la nature qui veut ça ! Bref, un parfait mélange entre des paroles qui oscillent intelligemment de la douceur romantique aux dents de scie et une musique qui les met encore une fois parfaitement en valeur. Encore aujourd'hui, cette chanson est reprise en choeur par les fans lors des concerts, un peu à la façon Bruel, mais en moins forcé. Une superbe chanson donc !

7. Ma chanson leur a pas plu

Nous sommes riches par nos différences, du contraste naît souvent la qualité. Renaud semble ici appliquer à la lettre ces deux pensées. Après le calme et le sérieux de "En cloque", avant le calme et la gravité du "Déserteur", voici un festival de guitares électriques, de solos de saxophone et de rythmes effrénés, le tout au service de paroles qui jouent à fond l'humour second degré. L'histoire en elle-même ("à qui vais-je pouvoir vendre mon surplus de chansons ?") sert avant tout de prétexte à Renaud pour pouvoir gentiment égratigner, caricaturer, certains de ses collègues et néanmoins amis. Ainsi, Renaud ajoute ici une nouvelle corde à son arc: l'imitation stylistique. Et cela marche. Peut-être trop bien d'ailleurs. L'ensemble sonne quelque peu incohérent, que ce soit d'un couplet à l'autre ou dans le rapport musique assourdissante / paroles. Il ressort de tout cela une chanson mal équilibrée où l'humour se perd rapidement. Ainsi, comme on pouvait s'y attendre, la carrière scénique de cette chanson fut brève et s'est limitée à ce jour à une courte apparition sur le medley du live "Le retour de la chetron sauvage". Dommage, car encore une fois, l'idée débordait d'originalité, seul Renaud pouvait... Dernière anecdote: dans le couplet dédié à Cas-Brêle, Renaud fait ressortir le mot "CAIlloux" comme le fera ressortir Laurent Gerra quinze ans plus tard. La comparaison est amusante et je vous la conseille. Inspiration, plagiat ou simple constatation ?

8. Déserteur

Chanson Canada-dry. Elle a le goût, l'apparence, le fond du "Déserteur" de Boris Vian mais le tout nous est ici mijoté à la sauce Renaud. Ainsi, sur le délicat sujet de l'opposition au service militaire obligatoire, Renaud nous sert ici une chanson engagée comme peu de ses chansons l'ont été jusqu'à maintenant mais d'une discrétion et d'un calme qui tranchent avec l'intensité des paroles. Ce contraste un peu déroutant au premier abord est bien vite balayé lorsque l'on se rend compte que le narrateur de la chanson - que l'on imagine facilement pacifiste, contestataire, marginal et provoquant - nécessitait ce genre de construction littéraire. Selon mon expression favorite, le fond rejoint encore un fois la forme. Malheureusement, la musique - qui semble provenir d'une tentative de slow nostalgique avortée - vient un peu déséquilibrer l'ensemble. Cela explique peut-être, en plus de l'évolution des mentalités et des réalités, le peu de succès qu'a connu cette chanson sur scène. Si mes souvenirs sont exacts, le seul enregistrement de cette oeuvre en concert se trouve sur l'album "Paris-Provinces", soit quinze ans après sa sortie. De plus, cette présence se justifiait essentiellement par l'aspect "nostalgie quand tu nous tiens" que voulait faire ressortir ce live. Dommage donc. Il résulte de tout cela une chanson qui mérite une audition attentive mais qui n'est jamais parvenu à se classer parmi les incontournables de l'artiste.

9. Près des autos tamponneuses

Après Gérard Lambert, après Germaine, après Angélo et Slimane, voici un nouveau personnage qui pointe son nez dans l'univers Renaudien: la Pépette. Cette Ginette d'avant la lettre, belle soeur potentielle de Gérard Lambert, est suffisamment improbable, irréaliste, pour justifier son apparition dans des chansons vouées au divertissement. Ainsi, nous la retrouvons un première fois sur une de ces "Autos-tamponneuse", situation anti-romantique s'il en est. Le tout sur fond d'histoire d'amour ridicule, voire minable. Toute la chanson n'est qu'un énorme gag, passant en permanence du non-sens au pseudo-improvisé. Suivre la trame est une entreprise hasardeuse, deviner à l'avance une rime relève de l'exploit pur et dur (essayez avec quelqu'un qui ne connaît pas les paroles). Enfin, les jeux de mots sont nombreux et d'une lourdeur qui me rappelle les interventions de "Pompom" dans "La classe", cette émission hautement intellectuelle, présentée par le délicat Fabrice et qui passait sur FR3 (à l'époque) à une heure où les esprits anesthésiés par le contenu de l'estomac acceptaient à peu près n'importe quoi. Il n'empêche, la chanson révèle un capital sympathie assez important et se laisse écouter confortablement. Et, si l'on ne rit pas franchement, le sourire est pratiquement permanent. Une bonne petite chanson sans aucune prétention donc.

10. Loulou

Vous rappelez-vous de la chanson "La bande à Lucien" sur l'album "Laisse béton" ? Hé bien nous voici en présence d'une chanson fort semblable dans son fond et sa construction. Un peu comme si Renaud avait besoin, périodiquement, de faire le point sur la vie qui se passe et le temps que l'on n'a pas le temps d'apprécier avant de le regretter. Dans les deux cas, Renaud parle à un ami de la nostalgie du bon vieux temps. Première différence: Renaud ne parle plus d'une bande de jeunes mais d'un ancien jeune en particulier. Nous avons ici encore une fois le signe de l'évolution du personnage, passé définitivement du loubard au bon pote de bar et papa rangé. Seconde différence: le style. Si "La bande à Lucien" se chantait doucement à la guitare, comme un adieu de Renaud à une première période de sa vie, Loulou" sonne beaucoup plus ambitieux et fait intervenir un élément que l'on acquiert avec l'expérience: la fatalité. La musique "hard-rock" renforce cette impression de violence temporelle contre laquelle on ne peut rien, et ce même si ce choix n'est pas des plus pertinents: Renaud n'a jamais été et ne sera jamais à l'aise dans le "hard-rock". La chanson n'a jamais été reprise en concert, mais je pense que ce n'était pas sa vocation première. A découvrir donc.

C'est sur un solo de guitare électrique que se termine l'album. La musique semble s'éloigner et nous invite à la suivre. Renaud vient de franchir une étape importante de sa carrière: il possède maintenant un album de classe internationale (francophone), une référence incontournable dans la chanson française. La mélodie vient de tourner à gauche après le coin. Essayons de la rattraper. Qu'allons-nous découvrir derrière le mur ? Un oreiller de lauriers ou une confirmation ? C'est ce que nous découvrirons dans le prochain album.
[ Ajouter un commentaire ] [ Aucun commentaire ]

# Posté le samedi 20 novembre 2004 20:00